Lancé lundi à Casablanca par le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, le GITEX Future Health Africa Morocco s’est imposé dès sa première édition comme une plateforme continentale dédiée à la transformation numérique des systèmes de santé. Organisé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et placé sous l’égide du ministère de la Santé et de la Protection sociale, en partenariat avec la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé et KAOUN International, l’événement réunit pendant trois jours, du 4 au 6 mai, décideurs publics, industriels et acteurs technologiques autour d’un enjeu central : l’intégration de l’intelligence artificielle dans les soins essentiels en Afrique.
Dès l’ouverture, le ministre a insisté sur la double dimension du secteur sanitaire, à la fois service public fondamental et marché mondial en pleine expansion. Il a souligné la vitesse à laquelle évoluent les technologies, souvent plus rapidement que les systèmes de santé eux-mêmes, appelant à une adaptation structurelle des politiques publiques face à cette mutation. Selon lui, l’Afrique est engagée simultanément dans plusieurs transformations majeures, des infrastructures numériques aux mécanismes de financement, ouvrant une fenêtre stratégique pour repenser les modèles de soins.
Au cœur des échanges, l’intelligence artificielle occupe une place centrale. Le ministre a évoqué des applications déjà en développement, allant des algorithmes capables d’anticiper des épidémies aux solutions de télémédecine visant à réduire les inégalités territoriales, en passant par des outils d’aide au diagnostic destinés à pallier les déserts médicaux. L’IA commence également à accompagner les actes médicaux les plus complexes, des centres de santé de proximité jusqu’aux CHU, traduisant une évolution progressive mais structurante des pratiques médicales.
Dans cette dynamique, Amine Tehraoui a défendu l’idée d’une souveraineté sanitaire africaine fondée sur la coopération. Il a plaidé pour une meilleure coordination entre les pays du continent afin de structurer un marché commun du médicament et des dispositifs médicaux, renforcer la production vaccinale et partager les systèmes de surveillance épidémiologique. L’objectif affiché est de réduire la dépendance extérieure tout en consolidant les capacités locales de réponse sanitaire.
L’événement ambitionne également de jouer un rôle de catalyseur économique et technologique. En réunissant startups, investisseurs, industriels et décideurs dans un même espace, le salon entend faciliter l’émergence de partenariats structurants et accélérer les décisions de financement dans le secteur de la santé digitale en Afrique.
Intervenant par message vidéo, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué le rôle du Maroc dans cette dynamique, qualifiant son engagement de déterminant pour la construction d’une Afrique plus équitable et résiliente en matière de santé. Il a rappelé que les technologies numériques, et en particulier l’intelligence artificielle, peuvent renforcer l’efficacité des systèmes de santé à condition d’être déployées de manière responsable, en garantissant la protection des données et en soutenant les professionnels plutôt qu’en les remplaçant.
La cérémonie d’ouverture s’est tenue en présence de plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre de l’Agriculture Ahmed El Bouari, le ministre délégué chargé de l’Investissement Karim Zidane, ainsi que des responsables institutionnels et économiques, parmi lesquels la CGEM et la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé.
Réunissant des acteurs venus d’une trentaine de pays et près de 200 exposants internationaux, dont AstraZeneca, Pfizer ou Sanofi, le GITEX Future Health Africa Morocco confirme l’intérêt croissant des grandes entreprises pour le marché africain de la santé numérique. Le programme se poursuit avec un sommet exécutif suivi de forums consacrés aux hôpitaux et aux soins de demain, dans une logique de structuration de systèmes de santé interopérables et fondés sur les données.
Au-delà de l’événement, Casablanca s’affirme ainsi comme un point de convergence régional pour les débats sur l’avenir des systèmes de santé en Afrique, entre innovation technologique, enjeux de souveraineté et transformation des modèles de soins.

