L’Espagne a mis fin à une politique controversée datant de 2013 : les “golden visas”, ces permis de résidence octroyés aux étrangers non européens en échange d’un investissement immobilier d’un minimum de 500 000 euros. Le 14 novembre, le Congrès des députés a approuvé une loi interdisant ce type de visas, une mesure qui prendra effet dès 2025. Cette initiative vise à enrayer la spéculation immobilière et à atténuer la crise du logement, qui frappe durement les grandes villes espagnoles. Avant son application, la réforme doit encore être validée par le Sénat, mais son adoption marque déjà un tournant dans la politique d’attraction des investisseurs étrangers en Espagne.
Depuis leur création sous le gouvernement de Mariano Rajoy, les “golden visas” ont attiré plus de 14 500 investisseurs, leur permettant d’obtenir une carte de résidence en échange d’importants placements financiers. Outre l’immobilier, d’autres options étaient disponibles, telles que l’investissement dans la dette publique espagnole pour un montant de 2 millions d’euros ou l’achat d’actions d’entreprises locales à hauteur d’un million d’euros. Cependant, ce dispositif a provoqué des tensions croissantes sur le marché immobilier, contribuant à la flambée des prix dans les principales zones touristiques et urbaines comme Barcelone, Madrid et les îles Baléares.
La fin des “golden visas” en Espagne s’inscrit dans une vague de réformes similaires observées dans d’autres pays européens tels que le Portugal et l’Irlande. Ces nations ont, ces dernières années, adopté des mesures pour limiter ou abolir des programmes comparables, soulignant les effets négatifs de la spéculation immobilière et la difficulté d’accès au logement pour les résidents locaux. En Espagne, entre 2018 et 2022, les investissements étrangers dans l’immobilier ont atteint 4,8 milliards d’euros, augmentant la pression sur le marché et exacerbant les problèmes de logement pour les Espagnols.
Les critiques contre ce programme se sont intensifiées, notamment de la part de la ministre du Logement, Isabel Rodríguez, qui a dénoncé son impact sur le marché immobilier. Selon les données du gouvernement, 94 % des “golden visas” étaient obtenus par le biais d’investissements immobiliers, ce qui a entraîné une hausse continue des prix des logements dans des zones déjà très demandées. Cette flambée des prix a alimenté la gentrification et a réduit les options de logement pour les familles locales. En réponse, la nouvelle loi abroge les articles 63 à 67 de la législation de 2013, supprimant ainsi toutes les formes d’investissements permettant d’obtenir ces visas.
Les investisseurs marocains ont figuré parmi les acheteurs étrangers les plus actifs sur le marché immobilier espagnol. En 2023, ils représentaient 6,1 % des acquisitions étrangères, un chiffre important qui témoigne de l’attractivité de l’Espagne pour cette communauté. Les Marocains ont particulièrement investi dans les régions de Murcie et de Catalogne, des destinations prisées pour leur climat favorable et leurs opportunités touristiques. Au premier semestre de 2023, environ 4 500 propriétés ont été acquises par des Marocains, renforçant ainsi leur présence sur le marché.
Cette décision du gouvernement espagnol s’inscrit dans une tentative plus large de résoudre la crise du logement, exacerbée par la flambée des prix alimentée par les investissements étrangers. Bien que l’impact à court terme de cette mesure reste incertain, elle pourrait entraîner une diminution de la demande étrangère, rééquilibrant ainsi le marché et facilitant l’accès au logement pour les résidents locaux. La période de transition prévue avant l’entrée en vigueur de la loi pourrait toutefois provoquer une dernière vague d’acquisitions, les investisseurs cherchant à profiter des dernières opportunités avant la fermeture définitive du programme.
Le futur du marché immobilier espagnol sans les “golden visas” soulève de nombreuses interrogations. Les défenseurs de cette réforme estiment qu’elle permettra de stabiliser les prix et de rendre le logement plus abordable, tandis que les critiques craignent une baisse des investissements étrangers qui pourrait affecter certains secteurs économiques. En abolissant ce programme, l’Espagne espère rééquilibrer son marché immobilier et offrir une solution aux tensions qui pèsent sur les grandes métropoles. Cependant, seule la mise en œuvre de cette mesure et les réactions du marché dans les années à venir permettront de déterminer son efficacité réelle.

