Les soupçons entourant certaines pratiques financières liées aux créateurs de contenu prennent de l’ampleur au Maroc, où des interrogations émergent autour de l’utilisation des “lives” et des dons numériques comme vecteurs potentiels de circulation de fonds.
Si, à ce stade, aucun dossier structuré n’a été formellement établi, la diffusion de contenus viraux montrant des transactions jugées suspectes alimente un débat de fond sur les dérives possibles de l’économie de l’influence.
Le mécanisme évoqué repose sur l’envoi de cadeaux virtuels ou de sommes d’argent lors de diffusions en direct, parfois dans des conditions laissant supposer des arrangements préalables. Ces flux, difficilement traçables et souvent fragmentés, peuvent ensuite être présentés comme des revenus issus d’activités numériques légitimes, brouillant la lecture entre monétisation classique et pratiques potentiellement détournées.
Des spécialistes du numérique rappellent toutefois que la circulation de vidéos ou de témoignages ne constitue pas en soi une preuve d’infraction, mais souligne la nécessité d’une vigilance accrue dans un secteur où les modèles économiques évoluent plus vite que les mécanismes de contrôle. La question dépasse ainsi les seuls influenceurs pour interroger l’ensemble de la chaîne de valeur : plateformes, systèmes de paiement et encadrement réglementaire.
En toile de fond, des affaires similaires observées dans d’autres pays viennent renforcer ces préoccupations. En Égypte, plusieurs créateurs de contenu ont fait l’objet d’investigations pour des soupçons de blanchiment d’argent liés à leurs activités en ligne. En Algérie, l’apparition de dons massifs et inexpliqués sur certaines plateformes a suscité des appels à clarification, tandis qu’au Koweït, des mesures de gel d’avoirs ont été prises à titre conservatoire dans des dossiers impliquant des influenceurs.
Ces signaux convergents traduisent une mutation plus large : celle d’une économie digitale où la visibilité se transforme en source de revenus parfois complexes à encadrer. Au Maroc, le sujet reste encore à l’état de débat, mais la multiplication des cas à l’international pourrait accélérer la réflexion sur la nécessité d’un cadre plus clair, à la fois pour protéger les utilisateurs et garantir la transparence des flux financiers issus des plateformes numériques.

