JPMorgan prépare un nouvel indice de dette en monnaies locales pour les marchés frontaliers, selon plusieurs sources proches du dossier, offrant aux investisseurs un nouvel outil pour diversifier leurs placements à haut rendement. Quinze ans après le lancement de son indice NEXGEM en devises fortes, la banque de Wall Street finalise les derniers détails de cette référence qui devrait inclure entre 20 et 25 pays, avec l’Égypte, le Vietnam, le Kenya, le Maroc, le Kazakhstan, le Pakistan, le Nigeria, le Sri Lanka et le Bangladesh parmi les plus pondérés.
L’initiative intervient dans un contexte de faiblesse prolongée du dollar et de rallyes récents remarquables dans des économies comme l’Argentine, l’Équateur ou l’Ouganda. Selon des gestionnaires de fonds interrogés par Reuters, les discussions avec JPMorgan ont atteint un stade avancé au cours du second semestre de l’an dernier, avec une présentation formelle de la structure prévue pour juin et un lancement officiel envisagé l’an prochain. Certains prédisent même une annonce dès la fin mars, susceptible d’avancer la date de lancement.
Les obligations intégrées à l’indice devront respecter plusieurs critères : un montant minimal de 250 millions de dollars, une maturité résiduelle supérieure à 2,5 ans et un plafond de pondération par pays compris entre 8 et 10 %, afin d’éviter une concentration excessive sur quelques marchés. Cette exigence soulève des questions sur l’inclusion de pays comme la Zambie, qui a historiquement émis des obligations plus modestes, mais qui a récemment franchi le seuil nécessaire.
Les analystes estiment que le marché de la dette locale des pays frontaliers représente désormais environ 1 000 milliards de dollars, un triplement par rapport à la décennie précédente. Selon Neuberger Berman, sur les huit dernières années, la dette locale de ces marchés a surperformé l’indice principal de JPMorgan pour les marchés émergents en devises locales de près de 2,5 points, ainsi que l’indice des obligations émergentes en dollars. « Cela montre que la croissance et la performance économique des marchés frontaliers ont été systématiquement sous-évaluées », souligne Rob Drijkoningen, analyste chez Neuberger Berman.
La Banque mondiale rappelle que ces économies regroupent un cinquième de la population mondiale mais ne représentent que 3,1 % des flux de capitaux mondiaux et moins de 5 % du PIB global. Leur population devrait croître de 800 millions de personnes supplémentaires dans les 25 prochaines années, soit plus que le reste du monde combiné, renforçant leur rôle stratégique dans la croissance économique mondiale. Les institutions financières internationales encouragent le développement de la dette en monnaies locales pour réduire la vulnérabilité aux crises de change qui affectent les obligations en devises fortes.
Le nouvel indice JPMorgan pourrait ainsi élargir l’accès aux marchés obligataires locaux tout en offrant aux investisseurs des rendements supérieurs à ceux des obligations des principaux marchés émergents. La banque estime que l’indice offrirait un « pick-up » de rendement d’environ 400 points de base par rapport au GBI-EM, avec plus de 60 % des titres affichant des rendements supérieurs à 10 %. L’évolution future, notamment la possible promotion de pays comme l’Égypte ou le Nigeria dans l’indice GBI-EM, pourrait néanmoins modifier la composition de l’indice et influencer la décision des investisseurs.

