La Cour pénale internationale (CPI) a franchi, le 23 avril 2026, une étape décisive dans l’affaire visant Rodrigo Duterte. Les juges de la chambre préliminaire ont confirmé à l’unanimité l’ensemble des charges pour crimes contre l’humanité et ordonné le renvoi de l’ancien président philippin devant une juridiction de jugement. Une décision lourde de sens, tant pour les victimes que pour l’architecture fragile de la justice pénale internationale.
Au cœur du dossier : la campagne dite de « guerre contre la drogue », menée entre novembre 2011 et mars 2019. Selon les conclusions de la CPI, il existe des « motifs substantiels de croire » que Rodrigo Duterte a contribué à une politique d’attaques « généralisées et systématiques » contre des civils, impliquant meurtres et tentatives de meurtres. Ces faits auraient été commis d’abord lorsqu’il dirigeait la ville de Davao, puis à l’échelle nationale durant son mandat présidentiel.
Les éléments présentés par le Bureau du procureur s’appuient notamment sur 49 incidents documentés concernant au moins 78 victimes. Toutefois, ces chiffres ne constitueraient qu’un échantillon. Plusieurs organisations, dont Human Rights Watch, évoquent depuis plusieurs années un bilan beaucoup plus lourd, estimant que des milliers de personnes auraient été tuées dans le cadre d’opérations policières ou d’exécutions extrajudiciaires. Pour Maria Elena Vignoli, conseillère juridique au sein de l’ONG, cette décision « ouvre la voie à une justice attendue depuis longtemps par les familles des victimes ».
L’ancien chef d’État, âgé de 81 ans, est détenu à La Haye depuis son arrestation à Manille le 11 mars 2025, effectuée en coopération avec Interpol. Lors des audiences préliminaires, tenues du 23 au 27 février 2026, ses avocats ont contesté la validité des accusations et soulevé des préoccupations quant à son état de santé. La défense soutient que Duterte ne serait pas en mesure de suivre correctement la procédure.
Au-delà de la dimension judiciaire, cette affaire s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. La CPI, juridiction fondée par le Statut de Rome, fait face à des critiques croissantes et à des pressions politiques. En 2025, l’administration de Donald Trump a autorisé des sanctions contre certains responsables de la Cour, tandis que la Russie a condamné par contumace plusieurs de ses juges en réaction à des mandats visant Vladimir Poutine. Dans ce climat, le renvoi en procès de Rodrigo Duterte apparaît aussi comme une affirmation de l’indépendance de l’institution.
Autre point juridique clé : la compétence de la CPI. Bien que les Philippines se soient retirées du Statut de Rome en 2019, la chambre d’appel a confirmé, le 22 avril 2026, que la Cour restait compétente pour les crimes présumés commis avant cette date. Une précision essentielle, qui consolide la base légale du procès à venir.
Cette procédure place également l’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr., face à ses responsabilités. Jusqu’ici, ce dernier n’a pas remis en cause la politique antidrogue de son prédécesseur, ni engagé de réformes structurelles pour enquêter sur les abus.
Le procès de Rodrigo Duterte, dont la date reste à fixer, s’annonce donc comme un moment charnière

