Revolut frappe aux portes du Maroc et pourrait bien rebattre les cartes du secteur bancaire. La néobanque britannique, forte de près de 60 millions d’utilisateurs dans le monde et d’une valorisation estimée à 41 milliards d’euros, a franchi un pas décisif en soumettant une demande d’autorisation auprès de Bank Al-Maghrib. L’arrivée d’un tel acteur, qui a déjà commencé à recruter sur place, s’annonce comme un tournant pour un marché local en pleine mutation digitale.
Fondée en 2015 à Londres, Revolut s’est imposée comme une pionnière de la fintech européenne en bouleversant les habitudes bancaires classiques. Elle mise sur la rapidité et la transparence : ouverture de compte en quelques minutes, transferts internationaux sans frais cachés, carte multi-devises, investissements en actions ou cryptomonnaies, le tout piloté depuis une application mobile intuitive. À la différence des établissements traditionnels qui numérisent progressivement leurs services, Revolut a été pensée dès le départ comme une expérience 100% digitale, centrée sur l’utilisateur et son smartphone.
Au Maroc, cette offensive n’est plus une simple spéculation. Le groupe a confié la direction de ses opérations locales à Amine Berrada, ex-responsable d’Uber en Europe du Sud et de l’Est. Sa mission consiste à piloter le lancement et à bâtir la stratégie de développement dans le Royaume. Sur LinkedIn, il a exprimé sa volonté d’«apporter des services financiers de pointe à des millions de Marocains», signe de l’ambition forte qui anime la fintech. Parallèlement, la néobanque poursuit activement le recrutement de profils locaux pour consolider son implantation.
Pour les observateurs, l’arrivée de Revolut est susceptible de provoquer un électrochoc. «Ce n’est plus une rumeur. Le processus est déjà en marche et si l’implantation se confirme, elle pourrait bouleverser le marché avec des services sans frais de tenue de compte et une expérience mobile inégalée», souligne Adnane Messaoud, expert en fintech. Selon lui, les jeunes urbains connectés et les freelances constituent la cible prioritaire, car ils recherchent à la fois simplicité et réduction des coûts. Les banques traditionnelles et établissements de paiement actifs dans les transferts internationaux risquent ainsi de subir une concurrence frontale, les obligeant à accélérer leur transition numérique.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de croissance fulgurante pour Revolut. En 2023, son chiffre d’affaires a atteint 1,8 milliard de livres sterling (environ 2,1 milliards d’euros), soit presque le double de l’année précédente. Surtout, la néobanque a affiché un bénéfice record de 344 millions de livres, contre seulement 7 millions en 2022. Une performance qui consolide sa stature mondiale et renforce ses ambitions en Afrique. Après l’Afrique du Sud, le Maroc apparaît désormais comme un hub stratégique potentiel pour se déployer sur l’ensemble de la région MENA.
L’entrée de Revolut dans le Royaume, si elle reçoit le feu vert de Bank Al-Maghrib, marquerait une nouvelle étape dans la transformation du paysage bancaire marocain. Elle pourrait accélérer la digitalisation des services financiers et imposer de nouveaux standards à un secteur encore largement dominé par des acteurs traditionnels. Le défi est lancé, et il pourrait bien redessiner les usages financiers de toute une génération.

