Le nouveau classement mondial publié par le magazine américain CEOWORLD place le Maroc au 123ᵉ rang sur 196 pays en matière d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
Avec un score de 65,09, le pays se situe dans la partie basse du tableau, loin des standards affichés par les économies les mieux organisées. Cette position rappelle la difficulté persistante à offrir aux salariés un cadre où travail, mobilité et temps personnel trouvent une cohérence réelle, alors que la question de la qualité de vie gagne du poids dans les attentes des actifs, particulièrement chez les plus jeunes.
Le classement s’appuie sur les réponses de plus de 962 000 travailleurs à temps plein et sur une batterie de critères qui touchent directement au quotidien : nombre d’heures hebdomadaires, amplitude des journées, temps de trajet domicile-travail, niveau de fatigue, qualité du sommeil, ou encore ressenti global quant à l’équilibre de vie. Or, le Maroc peine à transformer les règles existantes en pratiques concrètes. La durée légale du travail reste fixée à 44 heures, mais dans les grandes villes, cette limite s’efface sous le poids des heures supplémentaires informelles, des bouchons interminables et d’une mobilité urbaine difficile. L’écart entre ce que prévoit la loi et ce que vivent réellement les salariés se reflète directement dans ce classement peu flatteur.
Sur le plan international, la hiérarchie reste largement dominée par l’Europe. La Suisse arrive en tête avec un score de 97,67, suivie par la France et le Luxembourg. Les pays les mieux classés ne se distinguent pas seulement par des horaires raisonnables : ils s’appuient sur des infrastructures fluides, des politiques familiales opérationnelles, des congés réellement pris et une culture du repos intégrée à l’organisation du travail. À l’opposé, le bas du classement est occupé par des pays où les contraintes structurelles, la faiblesse des filets sociaux et la précarité pèsent sur le quotidien des travailleurs. Le Burundi ferme la marche, juste derrière le Niger, ce qui illustre l’impact direct des fragilités économiques sur la qualité de vie.
Le Maroc affiche également un retard marqué au niveau régional. L’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, la Libye et même la Palestine se situent au-dessus dans le classement de CEOWORLD. Cette réalité traduit un phénomène plus large : en Afrique, les conditions de travail demeurent globalement difficiles, portées par des structures rigides, des systèmes de transport éprouvants et des mécanismes de protection sociale encore insuffisants. Le continent reste le bloc mondial le plus en retrait dans ce domaine.
Cette 123ᵉ place agit comme un signal d’alerte dans un contexte où la génération Z s’apprête à constituer une part centrale de la main-d’œuvre. Ce jeune vivier, informé et attentif à sa qualité de vie, refuse d’accepter un modèle où le travail écrase tout le reste. Les entreprises qui ne s’ajustent pas risquent de perdre en attractivité et d’alimenter un sentiment de déconnexion entre les attentes des salariés et les réalités du marché du travail. Le rapport évoque d’ailleurs le lien direct entre conditions de travail dignes, créativité et performance : un employé reposé, respecté et soutenu produit davantage et s’engage dans la durée.
Pour un pays qui consolide son industrialisation et renforce son rôle de hub logistique régional, cette position crée un paradoxe : la croissance économique avance, mais la qualité de vie au travail ne suit pas. Le défi pour le Maroc consiste désormais à rapprocher la norme de la pratique, en repensant les rythmes de travail, en améliorant la mobilité urbaine et en renforçant les dispositifs sociaux. Sans un véritable ajustement, le classement pourrait s’installer durablement et nourrir l’idée que le marché du travail marocain peine encore à offrir un avenir qui concilie ambition professionnelle et vie personnelle équilibrée.


