À moins de trois mois de son entrée en lice au Mondial 2026, le Maroc s’apprête à défier le Brésil dans l’une des affiches les plus attendues de la phase de groupes. À l’approche de ce rendez-vous, et à moins de 70 jours de l’événement, nous avons sollicité, de l’autre côté de l’Atlantique, Josué Seixas, journaliste brésilien à Folha de S.Paulo, également publié dans Daily Mail et The Guardian. Il a accepté de décrypter pour nous la dynamique actuelle de la Seleção et les enjeux de cette confrontation. Voici ce qu’il en ressort.
Le Maroc et le Brésil ne se sont affrontés qu’une seule fois, lors de la Coupe du monde 1998, avec une victoire 3-0 de la Seleção. Près de trente ans plus tard, ils se retrouvent. Comment cette affiche est-elle perçue aujourd’hui au Brésil ?
Je ne ressens pas encore un véritable engouement autour de la Coupe du monde au Brésil. Pour être honnête, on parle assez peu des affiches. La principale préoccupation actuelle est plutôt de réussir à construire une équipe solide pour le tournoi, ce qui semble être un véritable défi.
J’ai le sentiment que le sélectionneur Carlo Ancelotti a déjà sécurisé entre 20 et 24 noms, mais certains joueurs sont sujets aux blessures, ce qui pourrait modifier ses options.
Justement, le Brésil aborde cette Coupe du monde 2026 dans une nouvelle dynamique, avec l’arrivée de Carlo Ancelotti. Après plusieurs cycles et des résultats irréguliers, penses-tu que cette nomination marque un véritable tournant dans l’histoire récente de la Seleção ?
Ce cycle de Coupe du monde a été très mauvais. Plusieurs entraîneurs, de nombreuses défaites et très peu de bons matchs. Mais le Brésil a déjà connu des cycles difficiles avant de réussir de grandes Coupes du monde, comme en 2002 ou en 1994, ce qui peut laisser un peu d’espoir.
Concernant Ancelotti, je pense effectivement qu’il peut changer les choses, notamment parce qu’il bénéficie d’une plus grande patience que ses prédécesseurs, grâce à son palmarès et à tout ce qu’il a accompli au fil des années.
Cela dit, j’ai le sentiment que ce projet s’inscrit davantage dans la perspective de la Coupe du monde 2030 que dans celle de 2026. À mes yeux, Ancelotti est l’homme de ces deux cycles, et un cycle complet, de 2026 à 2030, pourrait apporter de véritables changements au niveau de la sélection.
À trois mois de la Coupe du monde, et après la dernière trêve internationale, le Brésil s’est incliné face à la France (2-1) avant de rebondir contre la Croatie (3-1). Où situes-tu réellement cette équipe actuellement ?
À l’heure actuelle, le Brésil n’est pas un favori. Comme je l’ai dit, ce projet est pensé sur le long terme, avec un objectif de titre en 2030 plutôt que dès cette année. Le Brésil possède de très bons joueurs, dont beaucoup évoluent au plus haut niveau en Europe, mais cette équipe n’a pas encore trouvé une véritable identité, comme elle a pu en avoir par le passé avec Neymar.
Je pense que Vinicius Junior et Raphinha doivent franchir un cap pour assumer ce rôle, avec Estêvão qui n’en est pas loin. Le parcours du Brésil dépendra de leur niveau de performance, mais aussi de la disponibilité de la défense, notamment si Marquinhos, Militão et Magalhães sont aptes, eux qui ont été touchés par des blessures cette saison.
Qu’en est-il de la défense ? Carlo Ancelotti semble avoir testé plusieurs options en charnière centrale. Que vois-tu se dessiner ? Qui accompagnera Marquinhos ?
Je pense qu’Ancelotti pourrait s’orienter vers un schéma avec Militão, Marquinhos, Magalhães et Douglas Santos ou Alex Sandro. Wesley pourrait aussi avoir sa chance, mais j’ai le sentiment qu’Ancelotti privilégiera des défenseurs capables d’évoluer également au poste de latéral droit, comme Ibañez l’a fait contre la Croatie.
En cas de blessures, il aura des alternatives avec Danilo, Ibañez, et probablement Léo Pereira ou Bremer.
Plus largement, quel est ton pronostic pour ce match face au Maroc ?
Le Maroc sera probablement l’adversaire le plus difficile du Brésil lors du premier tour. Je m’attends à un match serré, avec une victoire du Brésil 1-0, ou éventuellement un match nul 1-1.
Enfin, dernière question, peut-être la plus sensible : penses-tu que Neymar fera partie du groupe en 2026 ? Et si oui, quel rôle pourrait-il avoir ?
Personnellement, je pense que Neymar a une chance d’être appelé, mais la situation devient compliquée pour lui. Il joue peu et, lorsqu’il joue, il manque de continuité. Je pense aussi que son entourage ne l’aide pas forcément, notamment avec certaines publications sur les réseaux sociaux, ce qui pourrait agacer Ancelotti.
Son rôle serait probablement celui d’un joueur de banc, utilisé en seconde période pour tenter de faire la différence.

