Le Maroc a clos l’année 2024 avec une production de piment estimée à près de 260 000 tonnes, confirmant la solidité de sa filière dans un environnement agricole de plus en plus concurrentiel. Selon les données issues de la FAO et compilées par la plateforme spécialisée Hortoinfo, cette performance place le Royaume parmi les acteurs méditerranéens qui comptent, même si l’écart reste important avec les grands producteurs européens.
Le rendement moyen des exploitations marocaines s’est établi à 3,91 kilogrammes par mètre carré, un niveau nettement supérieur à la moyenne mondiale, évaluée à 1,59 kg/m². Ce résultat reflète une base productive relativement efficace, portée notamment par les régions spécialisées en cultures maraîchères sous serre et en plein champ. Il demeure toutefois en deçà des standards observés en Espagne, où la productivité atteint 6,46 kg/m², permettant au pays ibérique de générer plus de 1,5 million de tonnes de piment sur la même période.
Cet écart de rendement explique largement la différence de volumes entre Rabat et Madrid. Là où l’Espagne a investi depuis des décennies dans la modernisation de ses serres, l’irrigation de précision et la sélection variétale, le Maroc continue de progresser à un rythme plus graduel, porté par une agriculture encore très dépendante des conditions climatiques et de la disponibilité de l’eau.
À l’échelle mondiale, la production de piment a atteint en 2024 un niveau historique, proche de 44,8 millions de tonnes. La Chine domine très largement ce marché avec plus de 17,3 millions de tonnes, suivie par l’Inde et la Turquie. Dans ce paysage dominé par des géants agricoles, le Maroc occupe une position intermédiaire, suffisamment solide pour rester présent sur les marchés internationaux, mais encore éloignée des pays capables d’influencer les prix et les flux commerciaux.
Les disparités de productivité restent l’un des facteurs les plus structurants de cette hiérarchie. Certains pays, comme les Pays-Bas, dépassent 25 kg par mètre carré, grâce à des systèmes de production intensifs et technologiquement avancés. Comparé à ces modèles, le Maroc se situe dans une zone de transition : plus performant que de nombreux producteurs à faible rendement, mais encore loin des références mondiales en matière d’efficacité agricole.
Cette réalité ouvre néanmoins des perspectives. L’amélioration des techniques culturales, le développement de l’irrigation économe en eau, la diffusion de semences à haut potentiel et la modernisation des exploitations pourraient permettre au Royaume de réduire progressivement l’écart avec ses concurrents européens. Dans un contexte de demande croissante pour les légumes frais et transformés, la filière piment dispose d’un levier réel pour renforcer la place du Maroc dans les chaînes de valeur agricoles mondiales.


