Alors que le Maroc accélère la généralisation de la protection sociale, une réalité structurelle continue de limiter les marges de manœuvre budgétaires de l’État : le poids de l’informel.
Dans son dernier rapport annuel, le Conseil national des droits de l’Homme souligne que ce secteur parallèle représenterait encore près de 30 % du produit intérieur brut, réduisant la capacité du système fiscal à soutenir durablement les politiques sociales.
Cette situation contribue à fragiliser l’équilibre du système fiscal. Faiblement intégré à la fiscalité nationale, l’informel réduit l’assiette fiscale et reporte une part importante de la pression sur les acteurs économiques structurés, en particulier les petites et moyennes entreprises ainsi que les salariés. Pour le CNDH, ce déséquilibre affaiblit la confiance dans le système fiscal et limite sa capacité à financer les politiques publiques.
Le rapport souligne également que la fiscalité marocaine demeure fortement dépendante des impôts indirects, notamment de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui représente près de 40 % des recettes fiscales. Or, ce type d’imposition affecte davantage les ménages à revenus modestes, qui consacrent une part plus importante de leur budget à l’achat de biens et services taxés. Une configuration qui réduit l’efficacité des mécanismes de redistribution et accentue les inégalités sociales.
Malgré ces contraintes structurelles, les recettes fiscales ont connu une progression notable ces dernières années. Selon les données du Ministère de l’Économie et des Finances du Maroc et de la Direction générale des impôts, elles ont atteint 299 milliards de dirhams en 2024, contre 199 milliards en 2020, soit une hausse annuelle moyenne d’environ 11 %.
Une part significative de ces ressources a été consacrée au financement des politiques sociales. Entre 2020 et 2024, près de 100 milliards de dirhams par an ont été mobilisés pour accompagner la généralisation de la protection sociale et renforcer les bases de l’État social. Parmi ces financements figurent notamment 44 milliards de dirhams dédiés au dialogue social, 35 milliards de dirhams pour le programme d’aide sociale directe, ainsi que 9,5 milliards de dirhams destinés au programme AMO Tadamoun, qui vise à garantir la couverture médicale obligatoire aux populations les plus vulnérables.
Le rapport rappelle que la réforme fiscale constitue un chantier majeur engagé depuis les Assises nationales de la fiscalité de 2019. Les autorités ont poursuivi ce processus à travers l’application progressive de la loi-cadre n°69.19 relative à la réforme fiscale, qui prévoit notamment la révision de certains mécanismes de TVA, la digitalisation des procédures fiscales et le renforcement de la lutte contre la fraude.
Dans ce cadre, la Direction générale des impôts a lancé un plan stratégique couvrant la période 2024-2028, visant à moderniser l’administration fiscale et à améliorer la conformité des contribuables.
Le document souligne également les efforts engagés pour lutter contre l’évasion fiscale. Une opération exceptionnelle de régularisation portant sur les liquidités non déclarées a permis, en 2024, de révéler près de 127 milliards de dirhams d’avoirs non déclarés auprès des autorités financières.
Malgré ces avancées, conclut le rapport, la réduction du poids de l’informel demeure une condition essentielle pour élargir l’assiette fiscale, renforcer l’équité du système et assurer un financement durable des politiques publiques, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la protection sociale.


