Vingt-deux ans après sa dernière finale de CAN, et près d’un demi-siècle après son unique sacre, le Maroc a enfin brisé le plafond de verre.
La dernière fois que le Maroc a joué une finale de Coupe d’Afrique des nations, Bilal El Khannouss n’était pas encore né, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi n’avaient pas l’ombre d’un Ballon d’Or, Kylian Mbappé n’était qu’un prénom parmi d’autres, Pep Guardiola n’avait jamais entraîné, YouTube n’avait pas encore vu le jour, Facebook balbutiait dans un dortoir d’Harvard, et le football ne parlait ni de pressing, ni de data, ni de xG. C’était 2004. Une autre époque. Une autre CAN.
Depuis ? On a attendu. Longtemps. On a traversé des CAN comme on traverse des tempêtes : pleines d’espoirs, souvent terminées en naufrages. Des quarts cruels, des huitièmes absurdes, et tant de désillusions. Vingt-deux ans de rendez-vous manqués, de promesses avortées, de “cette fois, c’est la bonne” qui finissaient au fond d’un tiroir. Et puis voilà. Vingt-deux ans plus tard, nous y sommes de nouveau. À 90 minutes, ou plus, d’un sacre qui, parfois, semblait si lointain.
C’est dire l’exploit qui se profile. La dernière fois que le Maroc a gagné une CAN, la seule de son histoire, l’URSS existait encore, le mur de Berlin n’était pas encore tombé, l’Union européenne n’existait pas, l’euro relevait de la science-fiction, Internet n’avait pas colonisé nos vies, le téléphone était un objet futuriste, le GPS appartenait à l’armée, et les matchs se vivaient à la radio, le souffle coupé, loin des ralentis et des débats en plateau. C’était 1976. Un monde bipolaire. Un monde où l’on glanait notre première étoile, sans savoir qu’elle resterait aussi solitaire. Aurait-on imaginé, à l’époque, qu’il nous faudrait 28 ans pour revoir une finale… ou 50 ans pour y retourner à nouveau avec une chance de sacre à domicile ? Probablement pas. Et pourtant.
Ce que nous vivons aujourd’hui tient presque de la réparation historique. Un groupe de 26 Lions, soudés, cabossés, lucides, menés par un entraîneur qui ne cherche pas à séduire mais à entrer dans l’Histoire, vient de faire tomber l’un des monstres sacrés du continent. Le Nigeria. Son armada. Sa puissance. Son pedigree, et surtout ses deux ballons d’or africains. Ce n’était pas beau. Ce n’était pas romantique. C’était marocain. Un match où Rabat est devenu un chaudron, et où chaque tir portait le poids de deux décennies d’attente. Et au bout, cette fois, la pièce ne s’est pas terminée contre nous. Le Maroc est enfin en finale. Pas par hasard. Pas par miracle. Par résilience… sans mettre le talent de côté.
Une finale face au Sénégal se profile désormais. Un choc. Un vrai. Et pour une fois, on ne demande pas à “bien figurer”, à “apprendre”, à “préparer l’avenir”. Non. Cette fois, on demande à triompher. Parce que le vent a trop souvent soufflé contre nous. Parce que 22 ans de désillusions, ça laisse des traces. Et parce que certaines histoires, quand elles durent trop longtemps, méritent leur fin heureuse.
Notre jour de gloire a désormais une date. Le 18 janvier 2026. Tâchons d’en être dignes.

