Le Maroc confirme son statut de pilier discret mais stratégique de l’approvisionnement textile de la France. Selon les dernières données croisées des douanes françaises et de l’Institut français de la mode (IFM), relayées par l’expert Jean-François Limantour, les importations françaises de vêtements en provenance du Royaume ont atteint 734,5 millions d’euros sur les dix premiers mois de 2025, en léger recul de 3% par rapport à la même période de 2024. Une baisse contenue qui permet néanmoins au Maroc de conserver la 8e place parmi les principaux fournisseurs d’habillement de l’Hexagone.
Dans un marché marqué par une pression croissante sur les prix, le Royaume reste solidement positionné derrière les géants asiatiques et européens. La Chine domine largement avec 4,65 milliards d’euros (+7%), suivie du Bangladesh (3,10 milliards, +6%), de l’Italie (2,04 milliards, -2%) et de la Turquie (1,16 milliard, -9%). Le Vietnam et l’Inde poursuivent leur percée avec respectivement +10% et +6%. Malgré cette offensive asiatique, le Maroc dépasse encore plusieurs fournisseurs clés, notamment la Tunisie (727 millions, -6%), le Pakistan (613,4 millions, +14%), le Portugal (384,7 millions, stable) et les Pays-Bas (290,1 millions, -2%). Sa part représente près de 3,7% des importations françaises d’habillement.
Cette performance s’inscrit dans un contexte peu favorable aux pays méditerranéens. Le marché français se déplace progressivement vers le segment du vêtement à bas prix, privilégiant les fournisseurs capables de produire à très faible coût. Une évolution qui profite surtout à l’Asie, dont la part atteint désormais 61% des importations totales, tandis que celle du trio méditerranéen Maroc-Tunisie-Turquie chute à 14%.
Les chiffres globaux confirment ce glissement structurel. Les importations françaises d’habillement ont totalisé 19,83 milliards d’euros sur la période, en hausse marginale de 1%. Derrière cette croissance modeste se cache une réalité plus brutale : les prix unitaires moyens des vêtements importés ont reculé de 6% depuis octobre 2024. Autrement dit, les consommateurs français continuent d’acheter autant de vêtements, mais à des prix de plus en plus tirés vers le bas.
Pour Jean-François Limantour, président du Cercle euro-méditerranéen des dirigeants textile-habillement (Cedith), cette situation reflète une compétition exacerbée entre pays fournisseurs et une transformation durable du modèle de consommation en France. Dans ce paysage dominé par les volumes asiatiques, la résilience marocaine repose sur la proximité géographique, la réactivité industrielle et la capacité à servir rapidement les chaînes françaises, même lorsque la valeur ajoutée s’érode.
Le Maroc reste donc un acteur majeur du textile-habillement français, mais dans un environnement où la bataille ne se joue plus uniquement sur la qualité ou la rapidité, mais avant tout sur le prix.


