Depuis plusieurs semaines, le Maroc est confronté à une succession inhabituelle de perturbations atmosphériques, marquées par des pluies abondantes, des chutes de neige significatives et une baisse sensible des températures. Une situation météorologique qualifiée d’atypique par la Direction générale de la météorologie (DGM), qui en explique les mécanismes à l’échelle régionale et globale.
Selon les services météorologiques, cette instabilité prolongée trouve son origine dans un bouleversement de la répartition des systèmes de pression sur l’Atlantique Nord. Habituellement, les dépressions suivent des trajectoires situées plus au nord du bassin atlantique. Or, l’installation durable d’anticyclones puissants à proximité du pôle Nord a modifié cette circulation classique, contraignant les perturbations atlantiques à dévier vers des latitudes plus méridionales, plaçant ainsi le Maroc et l’ouest de la Méditerranée sur leur trajectoire directe.
Ce déplacement des dépressions est renforcé par un phénomène météorologique désormais bien identifié : celui des « rivières atmosphériques ». Il s’agit de flux étroits mais très chargés en vapeur d’eau, transportés sur de longues distances par le jet stream, un courant de haute altitude dont l’intensité est amplifiée par le contraste thermique entre l’air polaire nord-américain et l’air tropical plus chaud.
Lorsque ces masses d’air humide entrent en interaction avec de l’air froid en altitude et rencontrent le relief marocain, notamment les chaînes du Rif et de l’Atlas, elles donnent lieu à des précipitations étendues et parfois intenses, sous forme de pluies ou de neige, sur de larges zones et sur plusieurs jours consécutifs.
Les cumuls neigeux observés ces derniers jours illustrent l’ampleur de cet épisode exceptionnel. D’après les données communiquées par la DGM, l’épaisseur de la neige a atteint environ 250 centimètres au sommet du Jbel Tidghine dans le Rif, 128 centimètres au Jbel Hayane, plus de 120 centimètres dans certaines localités de la province de Midelt, notamment à Anemzi, et près de 70 centimètres à la station de Michlifen, dans la région d’Ifrane.
Cette configuration atmosphérique engendre un régime de temps instable durable, caractérisé par une alternance de périodes pluvieuses soutenues, une baisse marquée des températures et des rafales de vent parfois fortes. Si ces conditions présentent des bénéfices notables pour les ressources hydriques du pays, notamment en termes de recharge des barrages et des nappes, elles imposent également une vigilance accrue face aux risques liés aux changements brusques de la météo.
La DGM souligne enfin que ce type de configuration, bien que spectaculaire, s’inscrit dans un contexte climatique mondial marqué par une variabilité accrue des phénomènes extrêmes, appelant à un suivi constant et à une adaptation renforcée des dispositifs de prévention et d’alerte.

