L’Organisation des Nations unies (ONU) tire la sonnette d’alarme. Son secrétaire général, Antonio Guterres, avertit que le budget de l’institution pourrait connaître un « effondrement financier imminent » si les contributions des États membres, notamment des plus gros contributeurs, ne sont pas réglées rapidement. Avec 1,57 milliard de dollars de cotisations en retard pour le budget régulier, l’ONU se trouve confrontée à une crise de liquidité sans précédent, exacerbée par des règles budgétaires qui l’obligent à restituer des fonds non dépensés, même lorsqu’ils n’ont jamais été versés.
Selon les chiffres officiels, plus de 95 % de ce montant proviennent des États-Unis, qui doivent à l’ONU 2,19 milliards de dollars pour le budget régulier, 2,4 milliards pour les opérations de maintien de la paix et 43,6 millions pour les tribunaux internationaux. Les retards concernent également le Venezuela et le Mexique, respectivement redevables de 38 millions et 20 millions de dollars. Ces contributions sont calculées en fonction de la taille de l’économie de chaque pays : les États-Unis représentent 22 % du budget régulier, suivis de près par la Chine avec 20 %.
Le budget régulier 2026, approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU à hauteur de 3,45 milliards de dollars, couvre le fonctionnement des bureaux à travers le monde, les salaires du personnel, les réunions et le travail en matière de développement et de droits humains. Malgré les tentatives de réforme menées par Guterres, notamment avec la task force UN80 visant à réduire les coûts et améliorer l’efficacité, l’ONU prévoit un manque de trésorerie dès juillet si les contributions ne sont pas honorées. « C’est une course vers la faillite », a averti le secrétaire général, dénonçant une règle qu’il qualifie de « kafkaïenne » et qui l’oblige à créditer des centaines de millions de dollars chaque année.
Cette situation survient dans un contexte de retrait progressif des États-Unis de plusieurs engagements multilatéraux. Sous l’administration Trump, les paiements obligatoires aux budgets régulier et de maintien de la paix ont été suspendus, tandis que le financement volontaire des agences spécialisées a été drastiquement réduit. Les projets de sortie d’organisations telles que l’Organisation mondiale de la santé ont contribué à ce déficit, aggravé par un budget d’aide 2026 limité à la moitié de celui espéré pour 2025.
Face à cette crise, Guterres appelle les États membres à respecter leurs obligations financières. Selon un porte-parole de l’ONU, « si les États membres paient ce qu’ils doivent, le problème de trésorerie peut être résolu ». L’inaction risque de perturber le fonctionnement quotidien de l’organisation : annulation de réunions, retard des missions et impossibilité de payer le personnel. Contrairement à un gouvernement, l’ONU ne peut ni emprunter ni imprimer de l’argent pour compenser les déficits.
Du côté américain, Donald Trump se présente comme capable de résoudre la situation, sans confirmer si les États-Unis régulariseront leur dette. Un responsable du Département d’État a insisté sur la nécessité pour l’ONU de « revenir à l’essentiel » et a critiqué ce qu’il considère comme des gaspillages et des abus, notamment des salaires et avantages jugés excessifs, ainsi que des dépenses de 340 millions de dollars pour des réunions et conférences l’an dernier.
La crise actuelle met en lumière la dépendance de l’ONU aux contributions de ses plus grands membres et la fragilité de son financement face aux aléas politiques. Si aucune solution rapide n’est trouvée, l’organisation, fondée sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale pour maintenir la paix et la sécurité internationales, pourrait se retrouver dans l’impasse.

