L’Assemblée générale des Nations Unies (ONU) a franchi mercredi une étape historique en qualifiant la traite transatlantique des esclaves de crime le plus grave contre l’humanité. La résolution, portée par le Ghana et adoptée par 123 voix contre trois, avec 52 abstentions, invite les États membres à envisager des excuses et à soutenir des fonds de réparation. Elle marque une reconnaissance symbolique des souffrances endurées par des millions d’Africains et de leurs descendants.
L’Assemblée générale de l’ONU déclare que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains sont « l’injustice la plus inhumaine et la plus durable contre l’humanité »
123 pour
3 contre (États-Unis, Israël, Argentine)
52 abstentions pic.twitter.com/pnDyho3AkE— ONU Info (@ONUinfo) March 25, 2026
Aujourd’hui, nous affirmons la vérité et ouvrons la voie à la guérison et à la justice réparatrice, a déclaré le président ghanéen John Mahama avant le vote. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de se remémorer le passé mais de documenter un fait historique et de combattre les séquelles durables de l’esclavage qui se traduisent encore par des inégalités raciales et économiques.
La résolution rappelle que la traite des Africains et l’esclavage racialisé ont provoqué une rupture profonde dans l’histoire mondiale avec des conséquences persistantes sur le développement et l’accès aux droits fondamentaux des populations concernées. Entre 1500 et 1800, près de 12 à 15 millions d’Africains ont été capturés et transportés vers les Amériques où des millions ont péri dans des conditions inhumaines.
Au cours des débats, de nombreux dirigeants ont insisté sur l’importance de mesures concrètes pour réparer ces torts. Samuel Okudzeto Ablakwa, ministre ghanéen, a rappelé que les fonds demandés visaient à soutenir l’éducation, la formation et les programmes d’inclusion, plutôt qu’à enrichir des dirigeants ou États actuels. La restitution des artefacts culturels pillés pendant la colonisation figure également parmi les revendications afin de protéger le patrimoine africain et sa mémoire.

Certains pays se sont montrés réticents. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre, estimant que la résolution soulève des difficultés juridiques et ne précise pas les bénéficiaires des réparations. Le représentant américain, Dan Negrea, a rappelé que les torts historiques n’étaient pas considérés comme illégaux selon le droit international au moment où ils ont été commis et a mis en garde contre l’usage de l’histoire pour réaffecter des ressources modernes.
Malgré ces réserves, la majorité des pays africains et des membres de la communauté caribéenne soutiennent la démarche, la qualifiant de pas essentiel vers la justice, l’égalité et le respect des droits de l’homme. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a souligné que l’élimination des obstacles persistants tels que le racisme systémique et les inégalités sociales dépendait désormais d’actions concrètes et coordonnées, y compris la pleine maîtrise des ressources naturelles par les pays africains et leur participation équitable aux instances internationales.
Des témoignages poignants ont accompagné la séance, comme celui de la poétesse barbadienne Esther Philips, qui a lu un extrait évoquant les victimes de l’esclavage. Pour eux comme pour le monde, il ne saurait y avoir de paix sans justice, une justice réparatrice, a-t-elle affirmé, rappelant que le poids du passé ne peut être effacé que par des mesures tangibles et collectives.
En adoptant cette résolution, l’ONU envoie un signal fort. Reconnaître l’histoire, soutenir les victimes et leurs descendants et agir pour un futur plus équitable deviennent des priorités. Si les mécanismes de réparation restent à définir, cette décision marque un tournant dans le combat contre l’oubli et les inégalités héritées de l’esclavage.


