Les relations entre les États-Unis et leurs alliés au sein de l’OTAN traversent une zone de fortes turbulences. Selon des informations révélées par Reuters, un courriel interne du Pentagone détaille plusieurs pistes envisagées pour sanctionner des partenaires jugés insuffisamment engagés lors de la guerre contre l’Iran. Parmi les options évoquées figurent la mise à l’écart de certains pays des instances clés de l’alliance, la suspension de l’Espagne de certains mécanismes de coopération, ainsi qu’une réévaluation du soutien américain à la position britannique sur les îles Falkland.
Ce document, évoqué par un responsable américain sous couvert d’anonymat, met en lumière une irritation persistante à Washington face au refus ou aux hésitations de plusieurs capitales européennes à accorder des facilités militaires jugées essentielles. L’accès aux bases, aux infrastructures et à l’espace aérien constitue, pour les États-Unis, un minimum attendu dans le cadre de la solidarité alliée. Or, ces demandes n’ont pas toujours été satisfaites dans le contexte du conflit avec l’Iran.
L’administration de Donald Trump a multiplié les critiques publiques contre ses partenaires européens. Le président américain leur reproche notamment de ne pas avoir contribué à la sécurisation du détroit d’Ormuz, fermé au trafic maritime international après le déclenchement des frappes aériennes fin février. Il a également évoqué la possibilité d’un retrait américain de l’OTAN, sans que cette option ne figure à ce stade parmi les mesures concrètes examinées.
Le contenu du courriel interne explore plusieurs leviers de pression. L’un d’eux consiste à écarter les pays considérés comme peu coopératifs des fonctions les plus visibles ou influentes au sein de l’alliance. Une autre mesure cible directement l’Espagne, dont le gouvernement a refusé d’autoriser l’utilisation de son territoire pour des opérations offensives contre l’Iran, malgré la présence de bases stratégiques américaines à Rota et Morón. Une telle décision aurait un impact limité sur le plan militaire, mais enverrait un signal politique clair.
Face à ces révélations, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a pris ses distances, rappelant que seules les positions officielles des États engagent réellement leurs politiques. Cette réaction prudente reflète la sensibilité du sujet au sein de l’Union européenne, alors que les discussions se poursuivent sur la solidarité entre alliés.
Le document mentionne également une option diplomatique plus large, visant à revoir le soutien américain à certaines possessions européennes héritées de l’histoire, dont les îles Falkland. Administrées par le Royaume-Uni mais revendiquées par l’Argentine, ces îles restent un point de tension depuis le conflit de 1982. Une inflexion de la position américaine sur ce dossier marquerait une rupture symbolique importante dans la relation avec Londres.
Les échanges entre Washington et le Royaume-Uni se sont d’ailleurs tendus. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a été critiqué par Donald Trump pour son refus initial d’autoriser des opérations offensives depuis des bases britanniques. Londres a finalement accepté des missions défensives, destinées à protéger les ressortissants et les intérêts régionaux face aux représailles iraniennes.
Au sein du Pentagone, le diagnostic est partagé. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a reconnu que le conflit avec l’Iran a mis en évidence les fragilités de l’alliance. Il souligne que si le territoire américain reste hors de portée des missiles iraniens, l’Europe est directement exposée, ce qui, selon Washington, devrait justifier un engagement plus affirmé des alliés.
Au-delà de ces tensions immédiates, l’objectif affiché par certains responsables américains est de rééquilibrer les responsabilités au sein de l’alliance. Washington entend pousser ses partenaires européens à assumer un rôle plus actif dans les opérations militaires et la sécurité collective, dans un environnement international de plus en plus instable.
Même si aucune décision formelle n’a été annoncée, la diffusion de ces options témoigne d’un climat de défiance rarement observé depuis la création de l’OTAN. Elle souligne surtout l’ampleur des divergences stratégiques qui se creusent entre les États-Unis et une partie de leurs alliés européens.

