Il aurait pu passer sa vie à scruter les particules élémentaires. Il a préféré écouter celles de la mémoire. Nacim Haddad, ancien chercheur en physique nucléaire au CERN, a troqué les équations quantiques pour les trilles envoûtants de l’Ayta, ce chant populaire marocain longtemps relégué aux marges, et qu’il propulse aujourd’hui sous les projecteurs des plus grandes scènes mondiales.
À une époque où la musique s’uniformise, où le folklore se réduit trop souvent à une carte postale sonore, Haddad prend tout le monde à contrepied. Il ne ressuscite pas l’Ayta. Il la catapulte dans le présent.
Et le pari est en train de payer. Une chanson issue de son dernier projet s’est imposée en tête des écoutes dans une bonne partie du monde arabe, du Golfe au Maghreb en passant par le Levant. Mieux encore : la jeunesse s’en est emparée. Remixée, samplée, mimée sur les réseaux sociaux, la voix rugueuse de l’Ayta, pourtant brute et sans filtre, résonne aujourd’hui comme une évidence.
Car c’est bien là le génie de Nacim Haddad : ne rien édulcorer. Pas de traduction. Pas de synthé clinquant. L’Ayta, telle quelle, dans sa langue et son grain, mais avec une exigence artistique qui frôle l’orfèvrerie. Chaque note, chaque souffle, chaque silence est pensé, ressenti, incarné.
Mais qui est donc cet ovni musical ?
Derrière l’artiste charismatique se cache un esprit scientifique. Titulaire d’un doctorat en physique nucléaire, auteur de centaines de publications académiques, Haddad a longtemps côtoyé les laboratoires les plus prestigieux. Puis un jour, il a tout quitté. Non pas par rejet du savoir, mais par quête de sens. Ce qu’il cherche désormais, c’est l’émotion brute. Le lien vivant entre une voix et un peuple.
Son Ayta World Tour ne se contente pas de remplir des salles. C’est un projet multidimensionnel : un livre de référence à paraître à la rentrée, une exposition itinérante sur les instruments et gestes de l’Ayta, et une série de concerts aux allures de rituels modernes, de Paris à Amsterdam en passant par Montpellier.
Et ce n’est que le début. Le 5 juillet prochain, c’est à Casablanca, sur l’esplanade du Morocco Mall, qu’il orchestrera ce qui s’annonce déjà comme le plus grand concert jamais dédié à l’Ayta. Un événement gratuit, populaire, audacieux à son image.
Nacim Haddad n’est ni un nostalgique, ni un conservateur. Il ne cherche pas à figer une tradition dans le formol du passé. Il lui insuffle une nouvelle vie, une nouvelle audience, sans jamais la trahir. Sa conviction ? L’authenticité n’a pas besoin de filtre pour toucher juste. Et manifestement, le public lui donne raison.

