C’est un chantier discret, mais hautement stratégique, qui se prépare dans deux des principales plateformes portuaires du Royaume. L’Agence Nationale des Ports lance une étude technique d’envergure visant à analyser la « claire sous quille » dans les ports d’Agadir et de Casablanca, avec une enveloppe globale estimée à 3,96 millions de dirhams.
Dans le détail, le projet est structuré en deux lots distincts, chacun correspondant à un port. Le premier, dédié à Agadir, est évalué à 1,86 million de dirhams, tandis que le second, portant sur Casablanca, atteint 2,1 millions de dirhams . Un écart de 240.000 dirhams qui reflète, en creux, la complexité accrue des opérations dans le premier port du pays en volume.
Derrière cette opération, une problématique technique centrale : la maîtrise de la « marge de sécurité sous quille », c’est-à-dire la distance minimale entre le fond marin et la coque des navires. Un paramètre clé pour sécuriser les manœuvres, optimiser les tirants d’eau et accompagner les stratégies d’approfondissement des bassins portuaires.
Trois missions techniques, un objectif : fiabiliser l’accès portuaire
L’étude se décline en trois volets techniques clairement identifiés. D’abord, une phase de collecte et d’analyse des données existantes, incluant les études antérieures, les paramètres océanographiques et les relevés bathymétriques. Ensuite, une modélisation avancée de la manœuvrabilité des navires, intégrant des simulations sur passerelle 3D. Enfin, une analyse fine de la « claire sous quille », destinée à déterminer les conditions optimales d’accès et d’exploitation des infrastructures portuaires .
Ce triptyque traduit une montée en sophistication des outils d’ingénierie portuaire. Les simulations devront notamment intégrer des variables complexes : houle, vent, courants, marée, mais aussi interactions avec les ouvrages existants. Le cahier des charges impose, à ce titre, un minimum de 40 simulations pour tester différents scénarios d’accostage et de navigation.
Un marché encadré, des exigences élevées
Le calendrier est serré. Le délai global d’exécution est fixé à 180 jours, soit six mois, avec des pénalités journalières en cas de retard équivalentes à 1/1000 du montant du marché par jour, plafonnées à 10% du montant total . Un niveau de contrainte qui traduit l’importance opérationnelle de cette étude pour l’ANP.
Autre indicateur révélateur : la forte exigence en matière de profils techniques. L’étude devra mobiliser des experts justifiant d’au moins 10 ans d’expérience dans les domaines de l’agitation portuaire, de la manœuvrabilité et de la navigation, avec des références avérées sur des projets similaires .
Une pression croissante sur les infrastructures portuaires
Au-delà des aspects techniques, ce projet s’inscrit dans un contexte plus large. L’intensification du trafic maritime, l’augmentation de la taille des navires et les projets d’approfondissement des bassins imposent une connaissance de plus en plus fine des conditions d’accès aux ports.
À Agadir, l’étude s’inscrit directement dans la dynamique d’approfondissement des bassins portuaires. À Casablanca, elle intervient après plusieurs opérations d’aménagement, avec un enjeu clair : fiabiliser les conditions d’entrée et de sortie dans un port soumis à une forte pression logistique.
En creux, c’est toute la question de la compétitivité portuaire qui se joue. Car derrière ces montants, 1,86 million de dirhams d’un côté, 2,1 millions de l’autre se dessine un investissement ciblé, à forte valeur stratégique, destiné à sécuriser et optimiser l’un des maillons les plus sensibles de la chaîne maritime.


