Une déclaration tenue au Parlement tunisien a provoqué une vive controverse politique et médiatique, ravivant les tensions autour de la question migratoire et des discours publics sur les migrants d’Afrique subsaharienne.
Lors d’une séance consacrée aux questions adressées au ministre de l’Intérieur, le député tunisien Tarek Mahdi a tenu des propos sur les migrantes africaines qui ont rapidement suscité une vague d’indignation. Évoquant des accusations de violences sexuelles visant des migrantes, l’élu a affirmé notamment qu’un tel acte « ne pouvait pas se produire », avant d’ajouter que « les Tunisiennes sont belles », une déclaration largement interprétée comme portant une dimension discriminatoire et déplacée.
@lenew.ma« Pourquoi violer une migrante africaine? Les Tunisiennes sont belles ». Les propos d’un député déclenchent une polémique
Une vague de critiques et d’accusations de racisme
Ces propos ont été vivement dénoncés par plusieurs organisations de défense des droits humains. Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a fustigé un discours qualifié de « raciste » et de nature à banaliser les violences sexuelles, appelant à des mesures à l’encontre du député.
Dans le même sens, la Ligue tunisienne des droits de l’homme a évoqué une « atteinte grave à la dignité des femmes » et un discours susceptible d’alimenter la haine et la discrimination, notamment à l’égard des migrantes subsahariennes. Plusieurs organisations féministes ont également dénoncé un propos « choquant », estimant qu’il dépasse le cadre de la liberté d’expression pour s’inscrire dans une logique de banalisation de la violence.
Sur les réseaux sociaux, la séquence a rapidement suscité une forte mobilisation, certains internautes pointant également l’absence de réaction immédiate au sein de l’hémicycle, ainsi que l’attitude de certains élus présents lors de l’intervention.
Un contexte déjà marqué par des tensions migratoires
Cette polémique intervient dans un climat particulièrement sensible en Tunisie, où la question de l’immigration subsaharienne fait régulièrement débat. Le pays constitue en effet un point de passage pour de nombreux migrants cherchant à rejoindre l’Europe, une situation qui alimente des tensions politiques et sociales.
Depuis 2023, les discours sur la migration se sont durcis, notamment après les déclarations du président Kaïs Saïed évoquant une « modification de la structure démographique » du pays. Dans ce contexte, toute prise de parole publique sur le sujet est particulièrement scrutée.
Une tentative de clarification du député
Face à l’ampleur de la polémique, Tarek Mahdi a réagi en affirmant que ses propos avaient été sortis de leur contexte. Dans une publication sur les réseaux sociaux, il a assuré ne pas avoir voulu encourager ou justifier des violences, évoquant une maladresse d’expression.
Selon lui, ses déclarations s’inscrivaient dans un débat plus large sur des informations circulant concernant des agressions visant des migrantes, et ne visaient ni à inciter à la violence ni à porter atteinte à la dignité des personnes.
Une polémique révélatrice d’un débat de fond
Au-delà de la controverse, cet épisode met en lumière les divisions profondes qui traversent la société tunisienne sur la question migratoire. Entre appels à un durcissement des politiques face à une pression perçue sur les équilibres économiques et sociaux, et revendications en faveur d’un traitement respectueux des droits humains, le débat reste particulièrement polarisé.
Dans ce contexte, les prises de parole publiques, en particulier au sein des institutions, apparaissent comme un révélateur des tensions et des lignes de fracture autour de la migration et des valeurs qui l’encadrent.

