Le projet de loi 59.24 relatif à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique, attendu en Conseil de gouvernement le 28 août 2025, promet de transformer en profondeur le paysage universitaire marocain. Conçu pour moderniser le secteur et renforcer ses liens avec le tissu socio-économique, le texte introduit des innovations majeures, de la gouvernance à la numérisation des formations, en passant par le soutien à la recherche et à l’innovation. Mais il suscite également une contestation forte de la part des enseignants-chercheurs et de certains députés, inquiets des répercussions sur l’autonomie universitaire et la qualité de l’éducation publique.
Parmi les nouveautés phares, le projet instaure un Conseil des gouverneurs, censé piloter les stratégies des établissements d’enseignement supérieur. Il prévoit la création de nouvelles typologies d’institutions : universités numériques, établissements à but non lucratif, d’intérêt public, et même des branches d’universités étrangères sur le territoire national. Ces mesures visent à diversifier l’offre de formation et à favoriser une ouverture internationale, tout en intégrant la formation à distance et l’alternance dans le cursus. L’ensemble est complété par la modernisation des outils de gestion, avec la mise en place d’un système d’information national pour les universités et les centres de recherche, afin d’améliorer la transparence et la prise de décision.
La réforme accorde aussi une place centrale à la recherche scientifique et à l’innovation. Le projet prévoit la création de cités de l’innovation au sein de chaque pôle universitaire, destinées à accueillir startups, projets innovants et à faciliter le transfert technologique. Une instance nationale autonome serait chargée de gérer les ressources financières dédiées à la recherche, tandis qu’un système d’information dédié à la recherche scientifique fournirait des indicateurs pour le suivi et le développement des activités scientifiques.
Malgré ces ambitions, le projet fait face à une vive contestation. Le Syndicat national de l’enseignement supérieur critique ce qu’il perçoit comme un renforcement de la tutelle administrative et un affaiblissement des structures élues, transformant le Conseil de l’université et les conseils d’établissement en simples organes formels. Les enseignants dénoncent un « hold-up démocratique » et une privatisation rampante de l’université publique, estimant que le texte place le savoir sous une logique commerciale, où l’étudiant devient un « client » et l’enseignant un simple « exécutant technique ».
Les critiques pointent aussi l’incompatibilité du projet avec certaines dispositions constitutionnelles (articles 31, 33 et 154) et avec les conventions internationales ratifiées par le Maroc. La députée Fatima Tamni, de la Fédération de la gauche démocratique, alerte sur la réduction des prérogatives des conseils élus et sur le désengagement progressif de l’État au profit du privé, notamment à travers la suppression de l’article garantissant les conseils étudiants, remplacé par des structures culturelles ou sportives encadrées.
Entre mesures ambitieuses de modernisation et inquiétudes quant à la préservation de l’université publique, le projet de loi 59.24 ouvre un débat social et politique intense qui marquera la rentrée académique 2025. La manière dont ces réformes seront appliquées et les négociations avec les différents acteurs universitaires détermineront l’avenir de l’enseignement supérieur marocain dans les années à venir.

