Après des années de politiques axées sur les infrastructures et le contrôle, le Maroc opère un virage plus analytique en matière de sécurité routière. La NARSA initie une enquête nationale pour mesurer, de manière fine, les comportements réels des usagers sur le terrain.
Derrière cette initiative, un constat bien documenté : les accidents de la circulation continuent de peser lourdement sur le pays, avec près de 3.600 décès et plus de 150.000 blessés chaque année, pour un coût économique estimé à plus de 15 milliards de dirhams. Des chiffres qui traduisent une réalité persistante, où le facteur humain reste déterminant dans la majorité des sinistres.
Radiographier les comportements à l’échelle nationale
L’étude ambitionne de mettre en place un véritable baromètre des comportements routiers. L’objectif est de mesurer, suivre et analyser dans le temps les pratiques des conducteurs et des usagers afin d’évaluer l’efficacité des politiques publiques en matière de sécurité routière, dotée d’un budget d’environ 1,27 million de dirhams, cette enquête marque un virage vers une approche plus data-driven de la sécurité routière, longtemps centrée sur la répression et la communication.
Trois indicateurs principaux seront passés au crible : le port de la ceinture de sécurité, le port du casque pour les deux-roues, ainsi que la vitesse pratiquée sur le réseau routier. Ces variables, bien identifiées par les organismes internationaux comme des facteurs clés de risque, concentrent à elles seules une part significative des causes d’accidents.
Des points d’observation seront répartis dans l’ensemble des régions du Royaume
Une méthodologie de terrain lourde et structurée
Concrètement, l’opération reposera sur une collecte de données à grande échelle, menée aussi bien en milieu urbain que rural. Des points d’observation seront répartis dans l’ensemble des régions du Royaume, couvrant différents types d’infrastructures : autoroutes, routes nationales, provinciales et axes urbains.
Sur chaque site, les observations seront réalisées sur plusieurs plages horaires, incluant des jours de semaine et de week-end, afin de capter des comportements représentatifs. Les équipes déployées relèveront notamment des données précises : type de véhicule, profil des conducteurs, conditions de circulation, mais surtout respect ou non des règles de sécurité.
En parallèle, des mesures de vitesse seront effectuées à l’aide de dispositifs radar, dans des conditions permettant d’observer des comportements « naturels », sans perturbation liée à l’environnement immédiat.
Vers un baromètre national de la sécurité routière
Au-delà de la simple collecte, l’enjeu réside dans l’exploitation des données. L’étude donnera lieu à un rapport détaillé, décliné à l’échelle régionale puis consolidé au niveau national. Une synthèse bilingue (arabe et français) est également prévue, avec en ligne de mire la production d’un baromètre annuel des comportements routiers.
Ce type d’outil, déjà déployé dans plusieurs pays, permet de suivre l’évolution des pratiques, d’identifier les zones de risque et d’ajuster les politiques publiques en conséquence.
Un levier stratégique pour les politiques publiques
En filigrane, cette enquête traduit un changement d’approche. Plutôt que de se limiter aux infrastructures ou aux contrôles, les autorités misent de plus en plus sur la compréhension fine des comportements.
Car la marge de progression se situe largement là : selon les données internationales, près de 80% des accidents sont liés aux comportements des usagers. Un chiffre qui replace la responsabilisation et la prévention au cœur des stratégies à venir.
Avec cette enquête, le Maroc se dote ainsi d’un outil d’aide à la décision, appelé à structurer durablement sa politique de sécurité routière.

