Près de deux ans après le séisme dévastateur qui a frappé la région d’Al Haouz et le Grand Atlas, la reconstruction demeure incomplète et marquée par des lenteurs préoccupantes, selon le dernier rapport de Transparency Maroc. Entre promesses ambitieuses et réalité du terrain, l’écart reste frappant, laissant des milliers de sinistrés dans des conditions précaires malgré un plan de reconstruction doté de 120 milliards de dirhams.
Le tremblement de terre du 8 septembre 2023 avait fait près de 3 000 victimes et détruit ou endommagé des dizaines de milliers d’habitations. Deux ans plus tard, l’Observatoire du programme de reconstruction post-séisme souligne que de nombreux ménages vivent encore dans des tentes, des conteneurs, des bidonvilles ou des logements sommaires, exposés aux rigueurs de l’hiver montagnard. Dans certaines provinces, comme Al-Haouz, Azilal et Chichaoua, 220 établissements scolaires restent inopérants, tandis que les infrastructures sanitaires peinent à offrir un service complet, avec un hôpital de proximité à 45 lits incapable de couvrir plusieurs spécialités essentielles.
Le rapport pointe également des décalages inquiétants dans l’habitat. Alors que le gouvernement avait évalué en septembre 2023 un taux d’effondrement total des habitations à 32 %, les chiffres officiels ultérieurs ont ramené ce taux à seulement 10 %, réduisant mécaniquement le nombre de bénéficiaires de l’aide de 140 000 dirhams. Sur le plan économique, malgré un budget de 98 milliards de dirhams dédié à la relance, la reprise demeure timide et le développement local freiné par un manque de coordination et d’ingénierie technique dans plusieurs zones rurales.
Transparency Maroc dénonce aussi des lacunes structurelles dans la gouvernance du programme. L’absence d’un dispositif centralisé pour suivre les fonds, évaluer les avancées et rendre compte de l’efficacité des mesures annoncées limite l’accès des citoyens à l’information et fragilise la confiance des populations sinistrées. L’ONG appelle à la publication transparente des marchés publics, à la clarification des critères d’éligibilité aux aides et à la mise en place d’audits indépendants pour garantir la reddition de comptes.
Au-delà des chiffres et des bilans techniques, le rapport met en lumière un risque social croissant. Le sentiment d’abandon et la complexité des démarches administratives nourrissent une frustration chez les sinistrés, potentiellement facteur de tensions sociales durables. Pour Transparency Maroc, la reconstruction post-séisme ne peut se limiter à des chantiers de relogement : elle doit intégrer une vision territoriale globale, renforcer la résilience face aux catastrophes et réduire les inégalités structurelles entre zones urbaines et rurales.
Face à ces constats, l’ONG insiste sur la nécessité d’une coordination interinstitutionnelle accrue, d’une cartographie publique actualisée des avancées et d’une implication renforcée de la société civile. Deux ans après le drame, la question reste entière : la reconstruction sera-t-elle un simple retour à la situation antérieure ou une occasion de renforcer durablement la gouvernance et la justice sociale dans le Grand Atlas ?

