Alors que l’usage d’Internet comme source d’information s’est largement imposé au Maroc, la confiance dans les médias continue de s’effriter. Le Digital News Report 2025, publié par le Reuters Institute for Journalism, dresse un état des lieux contrasté du paysage médiatique marocain, entre transformation numérique accélérée et défiance persistante.
Aujourd’hui, 78 % des Marocains s’informent en ligne, plaçant le pays dans la moyenne haute des usages numériques dans le monde. YouTube (49 %), Facebook (47 %), Instagram (32 %) ou encore TikTok (24 %) dominent les habitudes de consommation de l’information. Les applications de messagerie, à l’instar de WhatsApp (32 %) et Telegram(24%), sont également très utilisées.

Ce virage digital s’inscrit dans un contexte de profonde mutation médiatique. Le volume de publications en ligne ne cesse d’augmenter : en août 2024, plus de 136 000 articles ont été produits, avec une croissance annuelle de près de 24 %. Un dynamisme porté notamment par la préparation de grands événements comme la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.
Une liberté en progrès, mais encore fragile
Après des années marquées par les critiques sur le manque de pluralisme et l’absence d’indépendance éditoriale, le paysage médiatique marocain semble amorcer un tournant. La libération récente de plusieurs journalistes et l’émergence de nouvelles voix sur les plateformes numériques traduisent une certaine ouverture.
Toutefois, cette évolution reste encadrée par une réglementation ambiguë et une autocensure persistante sur des sujets jugés sensibles. De nombreux médias continuent de refléter des lignes éditoriales proches du discours officiel, freinant le développement d’un espace véritablement pluraliste.
Malgré la diversité des canaux et l’explosion des contenus, seuls 28 % des Marocains déclarent faire confiance à l’information qu’ils consultent. Un taux parmi les plus faibles à l’échelle mondiale.
Les principales sources de désinformation, selon les sondés, seraient les influenceurs sur les réseaux sociaux (52 %), suivis par les responsables politiques (30 %). Cette méfiance illustre la difficulté croissante à faire le tri entre information vérifiée et contenus manipulés dans un écosystème numérique en constante effervescence.
Une nouvelle génération d’acteurs
Face à cette crise de confiance, une nouvelle vague de créateurs de contenu émerge. Blogueurs, vidéastes ou commentateurs indépendants s’imposent peu à peu comme des alternatives aux médias traditionnels, notamment auprès d’un jeune public en quête de formats directs, décomplexés et souvent critiques à l’égard du pouvoir.
Ces figures numériques, en s’appropriant les codes du web, redéfinissent le rapport à l’information et contribuent à une forme de réappropriation citoyenne de l’actualité, malgré les risques accrus de dérives ou de fausses nouvelles.
À l’heure où Internet devient la principale porte d’entrée vers l’information, le Maroc se retrouve confronté à un double défi : garantir un accès large et libre aux contenus tout en rétablissant la confiance envers les sources officielles. Si le terrain numérique est fertile, il ne pourra produire des fruits durables qu’à condition d’être arrosé par une réelle volonté de transparence, de diversité et d’indépendance.

