Dans un article publié le 16 février 2026, le média américain The Hollywood Reporter met en lumière un tournant stratégique majeur : le Maroc ne se contente plus d’être un décor prisé des productions internationales, il s’affirme désormais comme une puissance créative capable de produire et d’exporter ses propres contenus.
La désignation du Royaume comme « Country in Focus » à l’European Film Market (EFM), organisé en marge de la Berlinale, illustre cette évolution. Selon le magazine, cette reconnaissance ne récompense pas uniquement les infrastructures ou la diversité des paysages marocains, mais surtout l’émergence d’une nouvelle génération de producteurs et de cinéastes tournés vers l’international.
Du décor naturel à l’outil d’influence culturelle
Depuis plus d’un siècle, le Maroc attire les tournages étrangers grâce à la richesse de ses décors naturels et à son savoir-faire technique. Les montagnes de l’Atlas, le Sahara ou encore des villes comme Marrakech et Casablanca ont servi de toiles de fond à d’innombrables productions hollywoodiennes.
Mais, souligne The Hollywood Reporter, la dynamique actuelle dépasse la simple prestation de services. Le pays ambitionne désormais de créer de la propriété intellectuelle marocaine exportable, notamment dans le domaine des séries, secteur devenu stratégique à l’échelle mondiale.
Des cinéastes comme Sofia Alaoui, Hicham Lasri, Maryam Touzani ou Nabil Ayouch sont cités comme figures emblématiques de cette montée en puissance, incarnant un cinéma contemporain visible dans les grands festivals et marqué par une présence féminine croissante.
Berlin, vitrine d’une nouvelle génération
La présence marocaine à Berlin ne se limite plus à l’accueil de producteurs étrangers. Plusieurs projets marocains — fictions, documentaires et séries — y sont présentés avec l’ambition de séduire partenaires et distributeurs internationaux.
Pour des producteurs comme Karim Debbagh, fondateur de Kasbah Films, cette reconnaissance marque un retour symbolique à Berlin, où son parcours professionnel avait commencé. Formé en Allemagne avant de revenir développer des projets au Maroc, il incarne ce mouvement de talents internationaux réinvestissant la scène locale.
Kasbah Films a collaboré à de grandes productions mondiales tout en soutenant des films marocains primés dans des festivals internationaux. Ce modèle hybride, combinant production locale et services exécutifs, reflète l’évolution d’un secteur désormais structuré.
La série marocaine vise l’international
L’un des axes majeurs soulignés par The Hollywood Reporter concerne la fiction télévisée. Des producteurs marocains travaillent désormais sur des formats pensés dès l’origine pour la coproduction internationale, avec des salles d’écriture structurées et des showrunners à la tête des projets.
L’objectif affiché est clair : passer du succès domestique à une diffusion globale, et inscrire les séries marocaines dans les catalogues des grandes plateformes.
Un cadre incitatif compétitif
Cette ambition repose également sur un environnement favorable. Le Centre cinématographique marocain propose un mécanisme de remboursement pouvant atteindre 30 % des dépenses éligibles réalisées au Maroc. Le pays dispose d’accords de coproduction avec plusieurs partenaires internationaux et offre des facilités administratives et logistiques aux productions.
Ces dispositifs ont permis d’attirer des projets majeurs pour Netflix, Amazon ou Apple TV+, tout en renforçant les compétences locales.
Reprendre la narration
Au-delà des incitations financières, l’enjeu est culturel. Comme le souligne le magazine américain, le Maroc entre dans une phase de maturité où il revendique la capacité de raconter ses propres réalités, ses imaginaires et ses identités multiples, plutôt que de les voir définies de l’extérieur.
À travers cette mise en lumière par The Hollywood Reporter, le Royaume apparaît ainsi à un moment charnière : celui d’un passage du statut de décor mondialement reconnu à celui d’acteur créatif pleinement assumé sur la scène internationale.


