À chaque désillusion continentale, le même rideau se lève : les sept étoiles africaines de l’Égypte sont convoquées pour faire taire le débat.
Comme si l’histoire, à force d’être invoquée, pouvait absoudre le présent. Mais le football ne vit pas de souvenirs glorieux, il se mesure à la réalité du jeu, aux résultats, et à la capacité d’évoluer.
Remettons les faits dans leur contexte, loin des slogans!
Tous les sacres africains de l’Égypte ne relèvent pas d’un accomplissement sportif pur. Certains sont nés dans des phases fondatrices, marquées par une concurrence très limitée, tandis que d’autres ont bénéficié de conditions organisationnelles et administratives qu’il serait intellectuellement malhonnête d’ignorer lorsqu’on parle de « suprématie ».
Quand le palmarès ne dit pas tout…
Les éditions 1957 et 1959, disputées à trois équipes seulement et décidées en deux rencontres, en sont l’illustration. Ces titres sont officiels, incontestables sur le plan historique, mais ils relèvent davantage de sacres inauguraux que de véritables compétitions continentales au sens moderne. Les invoquer aujourd’hui pour justifier les échecs actuels revient à confondre délibérément les époques et les critères.
Le titre de 1986, remporté à domicile après une longue disette et décidé aux tirs au but, conserve évidemment sa valeur symbolique. Mais le transformer en chef-d’œuvre exclusivement sportif occulte des facteurs déterminants : l’avantage du terrain, le soutien populaire et le contexte local, autant d’éléments décisifs dans des tournois à format court.
Vient ensuite la période souvent présentée par certains médias égyptiens comme un « âge d’or », alors qu’elle correspond surtout à une phase d’équilibres institutionnels. En 2006, le sacre à domicile s’est accompagné de polémiques arbitrales persistantes. En 2008 et 2010, l’Égypte s’appuie sur une génération solide, certes, mais qui évoluait dans un environnement africain marqué par une stabilité et une influence notables au sein des instances. Un indicateur suffit à relativiser ce récit : ce même groupe n’a jamais réussi à se qualifier pour la Coupe du monde, une scène où ni les réseaux ni les équilibres administratifs ne pèsent.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sous l’ère d’Issa Hayatou, l’Égypte a remporté quatre Coupes d’Afrique, tout comme le Cameroun. Une symétrie qui interroge moins le seul talent que le contexte global. Lorsque les centres de décision sont proches, les marges s’élargissent et les chemins se raccourcissent. C’est un fait récurrent dans l’histoire du football, pas une théorie complotiste.
La conclusion s’impose : soutenir que tous les titres africains de l’Égypte sont le fruit exclusif du génie sportif, c’est ignorer une part essentielle de la réalité. À certaines périodes, le football africain se jouait sur deux tableaux : celui du terrain et celui des bureaux.
Reste un constat plus dérangeant, impossible à balayer par des slogans : la sélection égyptienne n’a jamais remporté le moindre match en Coupe du monde. Zéro victoire. Un chiffre qui oblige à reconsidérer l’ensemble du récit, à replacer les sacres continentaux dans leur juste proportion et à mesurer l’écart entre la domination régionale et la capacité à rivaliser au niveau mondial.
Respecter l’histoire est une nécessité. La sacraliser est une erreur. Se réfugier dans le passé à chaque échec présent n’a jamais bâti un avenir. Le football moderne ne reconnaît pas ce qui fut, mais ce qui est.

