À Washington, le compte à rebours est lancé : si le Congrès n’approuve pas un accord de financement avant minuit, dans la nuit de mardi à mercredi, l’administration fédérale sera contrainte de suspendre une grande partie de ses activités.
Un tel scénario, baptisé shutdown, plongerait l’État fédéral dans une situation inédite depuis six ans. Les deux partis se renvoient la responsabilité de cette impasse, chacun accusant l’autre de mettre en péril le fonctionnement du pays.
En cas de blocage, des centaines de milliers d’agents publics jugés non indispensables seraient immédiatement placés en congé forcé et privés de rémunération. Ceux dont les missions sont considérées comme vitales – militaires, policiers, contrôleurs aériens ou encore personnels hospitaliers – devraient poursuivre leur service, mais sans recevoir de salaire tant qu’aucun budget n’aura été voté.
Les répercussions seraient visibles dans de nombreux domaines : fermeture des musées et des parcs nationaux, retards dans les contrôles alimentaires et environnementaux, perturbations dans le transport aérien, ralentissement de programmes sociaux et même interruption de certaines aides alimentaires. Les marchés financiers pourraient eux aussi être affectés, faute de données économiques publiées à temps.
Le président Donald Trump a jeté de l’huile sur le feu en laissant entendre qu’il pourrait tirer parti de cette crise pour réduire durablement le nombre de fonctionnaires. Une déclaration qui accentue la tension autour d’un bras de fer budgétaire désormais à son paroxysme.
Le Bureau budgétaire du Congrès estime que quelque 750.000 fonctionnaires seront quotidiennement mis au chômage technique, avec une solde différée. Le trafic aérien pourrait être affecté tandis que le versement de nombreuses aides sociales devrait être fortement perturbé.
Selon les calculs des analystes de la compagnie d’assurance Nationwide, chaque semaine de “shutdown” pourrait réduire la croissance annuelle du PIB américain de 0,2 point de pourcentage.
Avant même le vote au Sénat, chaque camp se rejettait la faute de l’échec des négociations.
Les démocrates “veulent tout fermer, nous ne le voulons pas”, a ainsi assuré le président Donald Trump depuis le Bureau ovale.
Il a aussi fait monter la pression en assurant que la situation pourrait avoir des conséquences “irréversibles” si les démocrates ne finissaient pas par accepter le budget voulu par les républicains.
“Nous pouvons, durant le “shutdown”, faire des choses qui sont irréversibles, qui seront mauvaises pour eux. Comme licencier de nombreuses personnes”, a ajouté le président américain, menaçant d’intensifier les opérations de limogeage de milliers de fonctionnaires fédéraux, déjà entamées avec la commission Doge de son ex-allié Elon Musk.
– Responsabilité –
Le dernier “shutdown”, de fin décembre 2018 à fin janvier 2019, durant le premier mandat de Donald Trump, avait duré 35 jours, un record.
Au vu du caractère très impopulaire d’une telle situation, démocrates comme républicains tentent traditionnellement d’éviter cette paralysie fédérale, parfois au dernier moment.
Mais en cas d’échec, chacun tente d’en rejeter la responsabilité sur le camp adverse.
Donald Trump a ainsi déjà vitupéré à plusieurs reprises contre les chefs démocrates et a publié sur sa plateforme Truth Social un montage vidéo généré par l’intelligence artificielle montrant le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, affublé d’une longue moustache et d’un sombrero mexicain.
Un montage dénoncé comme “raciste” par le principal intéressé, qui regrette en outre l’absence de dialogue constructif.
Tous ont déjà en tête les élections législatives de mi-mandat en novembre 2026, lors de laquelle la majorité républicaine au Congrès sera remise dans la balance.
Et en attendant l’heure limite de minuit, les lignes ne bougent pas.
– Impasse –
D’un côté, les républicains proposent une extension du budget actuel jusque fin novembre. De l’autre, les démocrates veulent obtenir le rétablissement de centaines de milliards de dollars en dépenses de santé, notamment dans le programme d’assurance santé “Obamacare” pour les ménages des classes populaires, supprimés par l’administration Trump.
Si les républicains disposent de la majorité aux deux chambres du Congrès, le règlement du Sénat fait qu’un texte budgétaire devra être adopté à 60 voix sur 100, nécessitant donc au moins sept voix démocrates.
Donald Trump a reçu lundi à la Maison Blanche les principaux responsables républicains et démocrates du Congrès, une rencontre qui n’a fait que confirmer l’impasse des négociations.
“Nous avons la volonté et la capacité de trouver une voie d’entente”, a assuré mardi Hakeem Jeffries. Mais “nous ne soutiendrons pas un projet de loi partisan républicain qui continue à démanteler le système de santé américain, ni maintenant, ni jamais”, a-t-il ajouté devant le Capitole de Washington.
En mars, alors que la menace d’un “shutdown” planait déjà, les républicains avaient refusé d’engager le dialogue sur les énormes coupes budgétaires et le licenciement de milliers de fonctionnaires décidés par l’administration Trump. Dix sénateurs démocrates, dont Chuck Schumer, avaient alors voté à contrecoeur pour le texte des républicains, afin d’éviter la paralysie fédérale.
Leur choix avait provoqué de vifs remous dans le camp démocrate, de nombreux militants et sympathisants les accusant de plier face à Donald Trump et son programme jugé radical.

