Entre éclaircies en milieu urbain et profondes turbulences rurales, la dynamique du marché de l’emploi au Maroc au deuxième trimestre 2025 reste fragile. Le dernier rapport du Haut-Commissariat au Plan révèle des signaux encourageants, mais également de lourdes inquiétudes, particulièrement liées à la précarisation du travail en zone rurale, aux inégalités de genre, et à la persistance du chômage chez les jeunes et les diplômés.
Un léger gain net d’emplois… tiré par les villes
Sur les douze derniers mois, le volume global de l’emploi au Maroc a augmenté de seulement 5.000 postes. Cette croissance modeste cache un phénomène plus complexe : 113.000 emplois ont été créés en milieu urbain, tandis que 107.000 ont été détruits dans le monde rural. Cette saignée dans les campagnes s’explique principalement par l’impact prolongé de la sécheresse sur l’agriculture, premier employeur du pays.
Par type d’emploi, 132.000 postes rémunérés ont vu le jour à l’échelle nationale, principalement dans les villes, compensant en partie la perte de 126.000 emplois non rémunérés, dont la majorité étaient situés dans les zones rurales.
L’agriculture en crise, la construction en croissance
Le secteur agricole continue de souffrir : entre avril et juin 2025, il a perdu 108.000 postes, représentant une baisse de 4 % de son volume d’emploi. Cette tendance n’est pas nouvelle mais s’aggrave, signe d’un secteur en manque de résilience face aux aléas climatiques.
À l’inverse, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) affiche une belle performance avec 74.000 emplois créés, dont 45.000 en milieu urbain. Les services progressent également (+35.000 postes), tandis que l’industrie reste stable, avec un solde de seulement 2.000 postes supplémentaires.
Taux d’activité et d’emploi en recul
Le taux d’activité national baisse de 0,8 point pour s’établir à 43,4 %. Ce recul est plus marqué en zone rurale (-1,6 point) que dans les villes (-0,3 point), traduisant un décrochage des campagnes face à l’économie formelle. Du côté du taux d’emploi, la baisse est aussi nette, passant de 38,4 % à 37,9 %.
Ce recul touche surtout les femmes, dont le taux d’emploi chute de 1,3 point, contre une légère hausse chez les hommes (+0,2 point). Le fossé entre les genres ne cesse de se creuser, avec un taux d’emploi féminin à 15,2 %, très en deçà de celui des hommes (61,2 %).
Chômage en baisse, mais pas pour tout le monde
Le nombre total de chômeurs diminue de 38.000 personnes en un an, pour atteindre 1,595 million. Cette amélioration est tirée par le recul du chômage rural (-33.000 personnes), contre seulement -5.000 en milieu urbain.
Le taux de chômage national s’établit désormais à 12,8 %, contre 13,1 % un an plus tôt. Il reste toutefois préoccupant chez certaines catégories :
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Jeunes de 15 à 24 ans : 35,8 %
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Diplômés : 19 %
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Femmes : 19,9 %
À noter que le chômage féminin a augmenté de 2,2 points, alors que celui des hommes a reculé. Chez les diplômés, la situation s’améliore légèrement, sauf pour les titulaires de diplômes universitaires avancés, encore fortement touchés.
Le sous-emploi atteint des niveaux inquiétants
Si le chômage recule légèrement, la précarisation du travail s’aggrave. Le sous-emploi touche désormais 1.147.000 personnes, contre 1.042.000 un an auparavant. Le taux national grimpe à 10,6 %, avec une augmentation dans les deux milieux :
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Rural : de 11,6 % à 12,4 %
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Urbain : de 8,3 % à 9,4 %
Deux formes principales sont relevées :
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Le sous-emploi visible, dû au faible nombre d’heures travaillées (5,5 %)
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Le sous-emploi invisible, lié à l’inadéquation formation-emploi ou aux faibles revenus (5 %)
Les BTP restent les plus touchés par le sous-emploi (22,2 %), devant l’agriculture, les services et l’industrie.
Régions : des fractures territoriales profondes
La répartition géographique confirme l’existence de grandes disparités régionales :
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Casablanca-Settat concentre 22,2 % de la population active et 25,5 % des chômeurs.
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Les régions du Sud affichent le plus fort taux de chômage (25,7 %), suivies de l’Oriental (21,1 %) et Fès-Meknès (16,2 %).
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À l’opposé, Drâa-Tafilalet, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceima présentent les taux les plus bas, entre 6,4 % et 8,9 %.
Quant au taux d’activité, il reste au-dessus de la moyenne nationale dans quatre régions :
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Tanger-Tétouan-Al Hoceima (47,9 %)
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Régions du Sud (46,6 %)
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Casablanca-Settat (45,4 %)
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Marrakech-Safi (43,9 %)
Vers une nécessaire refonte des politiques d’emploi
Les chiffres de ce deuxième trimestre 2025 ne laissent guère de place à l’autosatisfaction. Si certaines évolutions sont positives, elles restent inégales et fragiles. La ruralité, les jeunes, les femmes et les diplômés restent les premières victimes d’un marché du travail qui peine à s’adapter.
À l’heure où le Maroc ambitionne de renforcer son modèle de développement, les pouvoirs publics doivent repenser leurs dispositifs d’appui à l’emploi, en misant sur la formation adaptée, la transition agricole, et une véritable inclusion des femmes et des jeunes dans les circuits économiques.

