Le Maroc accélère la structuration de son marché de l’électricité verte. Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour la mise en place d’un registre national des certificats d’origine, une infrastructure attendue qui doit permettre de tracer, certifier et valoriser l’électricité produite à partir de sources renouvelables.
Ce registre constitue une pièce centrale du dispositif réglementaire encadrant les certificats d’origine verte. Ces documents attestent qu’une quantité donnée d’électricité a été produite à partir d’énergies renouvelables, un argument devenu décisif pour les industriels tournés vers l’export, notamment vers l’Union européenne. Dans le contexte du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), cette traçabilité permet de justifier une empreinte carbone réduite, avec un impact direct sur la compétitivité des entreprises marocaines.
L’initiative du ministère intervient dans le prolongement du décret adopté en novembre 2024, entré en vigueur un an plus tard, qui fixe les règles d’émission et de gestion des certificats d’origine. Le futur registre, adossé à une plateforme numérique, servira de point d’entrée unique pour le dépôt et le traitement des demandes. L’objectif est clair : sécuriser le processus, raccourcir les délais et offrir une visibilité accrue aux opérateurs.
Dans le détail, toute demande devra porter sur une production minimale équivalente à un mégawattheure, sur une période n’excédant pas un mois. Les producteurs disposent d’un délai de cinq mois après la fin de la période de production pour soumettre leur dossier. Une fois la demande déposée, l’administration devra statuer dans un délai maximal de 60 jours. Ce calendrier encadré vise à instaurer une discipline de marché et à garantir la crédibilité du système.
Au-delà de l’aspect technique, ce registre s’inscrit dans une stratégie plus large visant à soutenir l’essor de l’autoproduction d’électricité au Maroc. Le cadre réglementaire de cette dernière, récemment finalisé, doit entrer en vigueur en juin 2026. Il ouvre la voie à une production décentralisée, permettant aux entreprises de produire leur propre énergie et, dans certains cas, d’en injecter une partie dans le réseau. Les certificats d’origine viendront renforcer l’intérêt économique de ces investissements en offrant une preuve formelle de la nature renouvelable de l’électricité produite.
Pour les investisseurs étrangers, la mise en place d’un tel outil constitue un signal fort. Elle rapproche le Maroc des standards internationaux en matière de certification énergétique et renforce son attractivité dans un contexte de transition énergétique accélérée. Les multinationales, soumises à des exigences environnementales de plus en plus strictes, cherchent désormais à sécuriser des approvisionnements en énergie verte traçable.
En filigrane, ce chantier illustre une évolution plus profonde du paysage énergétique national. La question n’est plus seulement de produire de l’électricité renouvelable, mais de la valoriser, de la certifier et de l’intégrer dans des chaînes de valeur globales où la transparence carbone devient un critère déterminant.
Avec ce registre national, le Maroc se dote d’un outil opérationnel pour franchir ce cap. Reste à concrétiser rapidement sa mise en œuvre, afin que les opérateurs puissent s’approprier ce mécanisme et en faire un levier réel de compétitivité.

