Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a présenté une feuille de route ambitieuse pour transformer le transport public urbain au Maroc. Objectif affiché : améliorer la qualité des services, répondre aux besoins croissants de mobilité et assurer de meilleures conditions de travail aux employés du secteur.
Répondant à une question écrite de la conseillère syndicale Loubna Alaoui (UMT), le ministre a détaillé les réformes en cours. Le dispositif repose notamment sur la création de structures de coopération intercommunale et de groupements de collectivités territoriales, destinés à gérer les compétences liées à la mobilité urbaine. À ce jour, le pays compte 14 établissements de coopération intercommunale, 7 groupements et 7 sociétés de développement local, considérées comme des leviers modernes de gestion.
Vers une vision intégrée de la mobilité
Laftit a insisté sur la nécessité de doter les grandes agglomérations d’outils prospectifs, à travers l’élaboration de plans de mobilité urbaine durable, soutenus financièrement et techniquement par l’État. Les grands projets structurants, tels que les tramways et les bus à haut niveau de service (BHNS), continuent d’être financés par le Fonds d’accompagnement des réformes du transport urbain et interurbain (FRAT), en partenariat avec les collectivités.
Le Maroc compte déjà quatre lignes de tramway et deux lignes de BHNS à Casablanca, deux lignes de tramway à Rabat-Salé et une ligne de BHNS à Agadir. De nouvelles études sont en cours pour élargir ce réseau à Rabat-Salé-Témara, Marrakech, Tanger et Fès.
Un plan 2025-2029 pour moderniser les bus
Conscient des dysfonctionnements persistants dans le transport par bus, le ministère lance un programme inédit pour la période 2025-2029, doté de 11 milliards de dirhams. Ce plan rompt avec les pratiques anciennes en séparant clairement les fonctions d’investissement et d’exploitation, et en intégrant des outils numériques pour le suivi des contrats.
Il prévoit l’acquisition de 3.796 bus, ainsi que l’installation de systèmes de billetterie moderne, d’aides à l’exploitation, d’informations voyageurs, de dépôts, de bornes et de centres de maintenance.
Le financement sera assuré à hauteur d’un tiers par les régions et de deux tiers par le FRAT. Ce fonds verra ses dotations annuelles passer de 2 à 3 milliards de dirhams, grâce à la hausse de la contribution conjointe du ministère de l’Intérieur et de celui des Finances (1,5 milliard chacun).
Les droits sociaux au cœur des contrats
Le ministre a tenu à souligner que la modernisation du secteur ne saurait se faire sans garantir les droits des travailleurs. Les contrats de délégation incluent désormais des clauses sociales contraignantes en matière d’emploi, de couverture sociale, de retraite et d’évolution professionnelle. Ils peuvent également intégrer, en concertation avec les partenaires sociaux, des conventions collectives spécifiques.
Le suivi du respect de ces engagements relèvera des employeurs, sous le contrôle des inspections du travail, compétentes pour traiter les plaintes et assurer le respect du droit social.
Un secteur stratégique en mutation
En misant sur la coopération territoriale, la digitalisation et le financement structuré, le ministère de l’Intérieur veut faire du transport urbain un service public fiable et moderne, capable de répondre aux attentes des usagers comme aux exigences sociales des travailleurs.

