Une enquête nationale sur la violence à l’encontre des enfants a été officiellement lancée lundi à Salé, marquant une nouvelle étape dans la volonté des autorités marocaines de mieux cerner un phénomène encore insuffisamment documenté. Pilotée par le ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, cette initiative vise à produire des données actualisées et fiables pour éclairer les politiques publiques dédiées à la protection de l’enfance au Maroc.
Conduite en partenariat avec Observatoire national du développement humain (ONDH), le Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE) et le UNICEF, l’enquête ambitionne de mesurer l’ampleur des différentes formes de violence subies par les enfants, qu’elles soient physiques, psychologiques ou numériques. Elle s’intéresse également à leurs répercussions sur la santé, le parcours éducatif et le bien-être global des mineurs.
Au-delà du simple état des lieux, l’étude entend décrypter les mécanismes à l’origine de ces violences. Les équipes mobilisées analyseront les facteurs liés au genre et à l’âge, ainsi que les contextes dans lesquels ces actes surviennent : au sein du cercle familial, à l’école, dans l’espace public ou encore sur les plateformes numériques. Une attention particulière sera accordée aux nouvelles formes de violence, notamment celles qui émergent dans l’environnement digital.
L’enquête se penchera également sur les déterminants de vulnérabilité, qu’ils soient économiques, sociaux, psychologiques ou éducatifs. L’objectif est d’identifier les situations à risque afin de mieux cibler les dispositifs de prévention et d’accompagnement. Les résultats attendus devraient permettre d’orienter plus efficacement les programmes publics et d’améliorer les mécanismes de prise en charge des enfants victimes.
Présente lors du lancement, la ministre Naïma Ben Yahia a insisté sur la nécessité de s’appuyer sur des données rigoureuses pour construire des politiques publiques pertinentes. Selon elle, la production d’informations fiables constitue un levier essentiel pour comprendre l’évolution du phénomène et mesurer l’impact des actions engagées. Elle a également souligné que cette démarche contribuera à renforcer la sensibilisation autour des droits de l’enfant et à mobiliser davantage les acteurs concernés.
De son côté, le président de l’ONDH, Othmane Gair, a qualifié cette enquête d’outil stratégique. Il a mis en avant son rôle dans l’élaboration d’un diagnostic multidimensionnel, capable d’éclairer la prise de décision publique. Pour lui, la protection de l’enfance reste indissociable de la construction de l’État social, nécessitant un environnement sécurisé et propice à l’épanouissement des jeunes générations.
Même son de cloche du côté du HCP. Son secrétaire général, Ayache Khellaf, a rappelé l’importance de disposer de statistiques précises et récentes pour affiner les politiques nationales. L’institution contribuera activement à la collecte et à l’analyse des données, garantissant ainsi la crédibilité scientifique des résultats.
Au niveau international, l’UNICEF, par la voix de sa représentante adjointe Naseem Awl, a souligné que la violence envers les enfants demeure un enjeu majeur à l’échelle mondiale. Elle a plaidé pour un renforcement de la mobilisation collective, appuyée sur des bases de données solides, afin de mieux prévenir ce phénomène et protéger les plus vulnérables.
La signature d’un mémorandum d’entente entre les différentes parties prenantes vient consolider ce dispositif. Ce cadre de coopération doit garantir le bon déroulement de l’enquête et faciliter la coordination entre institutions nationales et partenaires internationaux.
À terme, cette initiative devrait offrir une lecture plus fine de la réalité vécue par les enfants au Maroc, tout en fournissant des pistes concrètes pour renforcer leur protection. Un enjeu central, à l’heure où la construction d’un État social passe aussi par la capacité à garantir les droits fondamentaux des plus jeunes.

