Yennayer 2976
Du 11 au 15 janvier, Agadir s’apprête à vivre l’une des séquences culturelles les plus denses de son calendrier annuel. La capitale du Souss célébrera le Nouvel An amazigh 2976 dans un contexte singulier, porté par l’effervescence de la Coupe d’Afrique des nations 2025. À la croisée du sport continental et de la culture identitaire, la ville mise sur une programmation élargie pour inscrire Yennayer au cœur de la scène africaine et renforcer son image de pôle culturel majeur.
L’essentiel se joue d’abord dans le symbole. Depuis l’instauration du 14 janvier comme jour férié officiel, les célébrations de Yennayer ont changé d’échelle. À Agadir, elles ont progressivement quitté le registre strictement patrimonial pour devenir un rendez-vous urbain structurant, pensé comme un acte de reconnaissance et de projection. L’édition 2976 s’inscrit dans cette continuité, tout en bénéficiant d’une visibilité inédite liée à la présence de supporters, de délégations sportives et de visiteurs venus de tout le continent africain. Dans ce contexte, la culture amazighe devient un langage commun, accessible et fédérateur, capable de dialoguer avec l’événement sportif sans s’y dissoudre.
La commune d’Agadir, en coordination avec la wilaya de Souss-Massa, le Conseil régional, le Conseil régional du tourisme et l’Association Timitar, a conçu un programme pensé pour irriguer l’ensemble de l’espace urbain. L’ambition est claire : faire sortir la fête des lieux clos et l’ancrer dans le quotidien de la ville. Les animations investiront aussi bien des sites emblématiques que des espaces de proximité : le cinéma Sahara, Agadir Oufella, la corniche, la place Al Amal, le parc Ibn Zaydoun, Taddart Anza, ainsi que les quartiers de Tikiouine et de Bensergao. Une manière d’associer habitants et visiteurs autour d’une célébration partagée, visible et vécue.
Le lancement des festivités, le 11 janvier, se fera sur un registre intellectuel avec une conférence consacrée aux fêtes agricoles, rappelant les fondements du calendrier amazigh et son lien étroit avec les cycles de la terre. Cette entrée en matière pose le cadre : Yennayer n’est pas une date figée, mais l’expression d’un rapport ancien au temps, à l’environnement et au collectif. Les jours suivants, la ville vibrera au rythme de soirées artistiques et musicales déployées sur plusieurs scènes urbaines, tandis que le parc Ibn Zaydoun se transformera en village culturel à ciel ouvert. Artisanat local, gastronomie amazighe, animations pour enfants et concerts s’y côtoieront, offrant un panorama vivant des savoir-faire et des expressions contemporaines de cette culture.
Dans le prolongement de l’ambiance de la CAN 2025, les espaces dédiés aux supporters accueilleront également des animations spécifiques. Cette articulation assumée entre sport et culture traduit une stratégie plus large : faire de l’événement sportif un accélérateur de visibilité pour le patrimoine immatériel local. Le point culminant de cette programmation est attendu le 13 janvier sur la corniche, avec une soirée de spectacles visuels mêlant feux d’artifice et performances de drones. Pensée comme un moment fédérateur, cette mise en scène nocturne vise à inscrire Yennayer dans une esthétique contemporaine, capable de parler aux publics les plus divers.
Au-delà de la fête, l’enjeu est territorial. En valorisant Yennayer dans un contexte africain et international, Agadir cherche à consolider son positionnement comme destination culturelle à part entière, où l’identité amazighe devient un levier d’attractivité touristique et économique. L’appel lancé aux habitants pour arborer tenues et parures amazighes dans la nuit du 13 au 14 janvier participe de cette dynamique. Il s’agit moins d’une injonction que d’une invitation à faire corps avec la ville, à offrir aux visiteurs une expérience incarnée, où la culture se vit dans l’espace public et dans les gestes du quotidien. Une manière, aussi, de rappeler que derrière l’événement, il y a une mémoire collective et un avenir que la ville entend écrire à visage découvert.

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