Souvent présenté comme problématique, parfois oublié, et rarement célébré à sa juste valeur, Abderrazak Hamdallah appartient à cette caste particulière d’attaquants qui transforment les doutes en carburant. Ce 15 décembre, lors de la demi-finale de la Coupe Arabe remportée par le Maroc face aux Émirats arabes unis (3-0), l’attaquant d’Al-Shabab a rejoué son rôle préféré : celui du revenant.
Il est de ces joueurs qui, à chaque fois qu’ils sont décriés, n’en reviennent que plus fort. On connaît la phrase parce qu’on connaît le joueur. Et Hamdallah, une nouvelle fois, a fourni la preuve derrière la théorie. Suspendu deux matchs après son geste acrobatique mal maîtrisé face à Oman – l’image a tourné, les commentaires aussi – il a retrouvé le banc, non sans mal, mais avec un Maroc qui a avancé sans lui, et les débats habituels qui ont repris. Fallait-il encore lui faire confiance ? À quoi sert-il ? L’éternel cycle. Puis la 73ᵉ minute. Puis Hamdallah. Puis, rapidement, l’évidence.
Dix-sept minutes lui ont suffi pour parfaire la partition marocaine, comme si le match attendait simplement son entrée pour passer à autre chose. Il construit d’abord une action sortie de nulle part, mène le mouvement de A à Z, sert le deuxième but à la 83ᵉ… puis termine le travail dans la surface sur un centre venu de la droite en toute fin de match. Un rapport simple, pur, clinique, un but, en soit, à la Hamdallah. Maillot enlevé, regard vers le ciel, on le voit célébrer avec une image qui ressemble à un résumé de sa carrière. Entre défiance, soulagement, et un message silencieux à ceux qui commentent plus vite qu’ils ne regardent.
Le meilleur résumé de Hamdallah ? Dites-lui qu’il est fini, il vous prouvera le contraire ; dites-lui qu’il n’a plus sa place, il la prendra quoi qu’il advienne. On lui reproche beaucoup, souvent à raison, parfois par habitude, mais dans le football, il y a une règle non écrite : les vrais attaquants ne mentent jamais longtemps.
La saison dernière, son départ d’Al-Ittihad avait été accueilli comme le signe d’un déclin inévitable. Résultat ? Il termine quatrième meilleur buteur du championnat saoudien avec Al-Shabab, club qu’il a porté du début à la fin, avec une sixième place à la clé en Saudi Pro League. Avant cela, son passage d’Al-Nassr à Al-Ittihad avait déjà été entouré de scepticisme, il y avait répondu par une avalanche de buts. Et à la Coupe du monde 2022, malgré un rôle décrié, il avait quand même réussi à avoir de l’influence, positive assurément, à l’image de sa déviation de la tête face à la Belgique.
Ce n’est pas un hasard. C’est un profil. Celui d’un joueur qui a passé sa carrière à contredire des narrations écrites trop vite. Plus de 300 buts, près de 400 matchs, 326 réalisations précisément pour 61 passes décisives, des statistiques de carrière qui ne demandent pas d’interprétation. On peut débattre du style, de la personnalité, de la gestion des moments. Mais pas du rendement.
Ainsi, face aux Émirats arabes unis, il a simplement prolongé cette logique : entrer, influer, qualifier. Grâce ou avec lui, le Maroc jouera une nouvelle finale de Coupe Arabe, avec la perspective d’un deuxième titre après celui de 2012, et l’envie d’effacer la déception de 2021. Et Hamdallah, encore une fois, mais à 34 ans cette fois-ci, sera dans cette zone étrange qu’il connaît par cœur : celle où l’on parle plus de lui que des autres, où l’on doute avant d’admettre, où l’on critique avant de constater.
Et si c’était lui notre facteur X ? Allô Regragui ?

