Une décision judiciaire passée sous silence dans la presse officielle algérienne provoque, depuis plusieurs semaines, une onde de choc sur les réseaux sociaux.
En cause : la condamnation d’un jeune supporter algérien à deux ans de prison ferme pour avoir porté le maillot de l’équipe nationale marocaine lors d’un match de championnat local.
En Algérie, afficher son attachement à un club ou à une sélection étrangère relève habituellement du folklore footballistique. Les tribunes regorgent de tuniques aux couleurs de l’Argentine, du Brésil, de l’Allemagne ou de l’Espagne, sans que cela ne soulève la moindre controverse.
🇲🇦🇩🇿| Un jeune Kabyle de 22 ans, Lyes Guernine, originaire d’Aït Mesbah, a été condamné à 2 ANS de PRISON FERME par le tribunal de Tizi Ouzou pour « atteinte à l’unité nationale » … pour avoir porté le maillot de l’équipe de foot du Maroc 🇲🇦 !
Il lui est reproché d’avoir porté… pic.twitter.com/aooIbNQf9Y
— Morocco Intel (@MoroccoIntel) February 22, 2026
Mais une exception semble désormais s’imposer : celle du maillot des Lions de l’Atlas.
Selon plusieurs sources relayées en ligne, Lyes Guernine, 22 ans, originaire d’Aït Mesbah à Tizi Ouzou, a été condamné à deux ans de prison ferme après avoir arboré le maillot marocain dans les tribunes du stade Hocine Aït Ahmed, le 2 janvier dernier, à l’occasion d’une rencontre opposant la JS Kabylie à la MC Alger.
Le motif avancé : « atteinte à l’unité nationale ».
Le contexte de la CAN et un geste symbolique
L’affaire intervient dans un climat particulier. Au même moment, la Coupe d’Afrique des Nations se déroulait au Maroc, marquée dans ses premiers jours par la présence de supporters algériens et par des scènes d’accueil jugées chaleureuses.
Si l’affaire circule abondamment sur Facebook, X et YouTube, elle reste largement absente des médias publics algériens. Ce silence a alimenté des accusations de manipulation, certains évoquant une prétendue « fake news » fabriquée à l’étranger pour nuire à l’image du pays.
Pourtant, l’information aurait été initialement publiée le 7 janvier par Messaouda Cheballah, militante connue et épouse de l’opposant politique Fathi Ghares. Dans un message intitulé « La politique du favoritisme », elle dénonçait l’arrestation et l’incarcération du jeune supporter, estimant qu’il s’agissait d’une injustice inédite dans l’Algérie post-indépendance.
Elle interrogeait notamment la cohérence d’une telle décision : des milliers d’Algériens portent quotidiennement des maillots étrangers ou arborent des drapeaux occidentaux sans que leur patriotisme soit mis en cause. Pourquoi, dès lors, criminaliser un seul symbole ?
Une qualification pénale lourde de sens
La notion d’« atteinte à l’unité nationale » constitue en Algérie une incrimination grave, souvent mobilisée dans des dossiers sensibles. Depuis le mouvement du Hirak, de nombreux journalistes, écrivains et militants ont été poursuivis sur ce fondement.
Dans le cas de Lyes Guernine, aucune affiliation politique n’aurait été démontrée. Selon Algérie Part, le jeune homme ne serait lié à aucun mouvement classé illégal, notamment pas au MAK, organisation interdite depuis 2021.
Son acte relèverait exclusivement du registre sportif.
Une famille murée dans le silence
D’après les éléments rapportés par le journaliste Abdou Semmar, les proches du jeune homme refuseraient de s’exprimer publiquement, par crainte de représailles. Ce silence nourrit davantage les spéculations et amplifie la polémique sur les plateformes numériques.
Au-delà du cas individuel, l’affaire soulève une question plus large : jusqu’où le champ du sport peut-il être dissocié des tensions diplomatiques et politiques ?


