Le Maroc entend franchir un nouveau cap dans son ambition touristique : attirer 10 millions de voyageurs français à l’horizon 2030. Dans un entretien accordé au quotidien Le Figaro, le directeur général de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), Achraf Fayda, a souligné que la dynamique actuelle, marquée par une croissance à deux chiffres depuis trois ans, doit non seulement être consolidée, mais surtout accélérée.
La France, premier marché émetteur du Maroc
En 2024, le Royaume a accueilli 17,4 millions de visiteurs étrangers, dont 5,8 millions de Français. Un chiffre record qui fait de la France le principal pays émetteur, et du Maroc la première destination non européenne des touristes français. Pourtant, ce volume ne représente que 9 % du marché global des voyageurs français à l’international. « Nous pouvons faire beaucoup mieux », insiste Achraf Fayda, rappelant la proximité géographique, l’affinité linguistique et l’authenticité de l’offre marocaine comme leviers majeurs.
Une offre diversifiée et authentique
Le succès du Maroc repose sur une expérience unique : à seulement trois heures de vol, sans décalage horaire, les visiteurs français profitent d’une immersion « exotique et proche ». L’offre couvre un large éventail : séjours familiaux, voyages en couple, tourisme d’aventure, surf à Dakhla, circuits culturels à Fès ou Marrakech, randonnées dans le désert, mais aussi séjours haut de gamme sur la baie de Tamuda Bay. La gastronomie, les riads, les kasbahs et le développement du luxe contribuent à séduire des profils variés de voyageurs.
Des infrastructures en pleine transformation
La perspective de la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc avec l’Espagne et le Portugal, agit comme un véritable catalyseur. Les infrastructures connaissent une modernisation accélérée : la capacité aéroportuaire passera de 32 à 70 millions de passagers d’ici 2030, avec Casablanca en hub régional (40 millions à lui seul). Les aéroports de Marrakech, Agadir, Fès, Tanger et Rabat seront également renforcés. Parallèlement, l’extension du TGV Tanger-Casablanca sera finalisée en 2029, réduisant considérablement les temps de trajet.
Un tourisme inclusif et régionalisé
L’ONMT insiste sur une stratégie qui valorise l’ensemble des 12 régions du Maroc. Des plans spécifiques comme « Rising Ouarzazate » soutiennent le développement du Sud, tandis que de nouvelles liaisons aériennes relient Dakhla à l’Europe. Le Nord n’est pas en reste : la région de Tétouan et la côte méditerranéenne de Saïdia offrent un fort potentiel pour un tourisme balnéaire et haut de gamme. L’idée est claire : inciter les visiteurs à revenir plusieurs fois, en découvrant chaque fois un Maroc différent.
Préserver l’authenticité face aux défis
Si l’essor est indéniable, Achraf Fayda insiste sur la nécessité de préserver un tourisme durable et éloigné du modèle de masse. Aujourd’hui, 80 % des visiteurs voyagent individuellement, privilégiant les expériences locales : nuitées en riads, cours de cuisine, visites patrimoniales. Le Royaume mise davantage sur la mise à niveau des établissements existants que sur la construction massive de resorts « all inclusive ».
L’enjeu environnemental
Le défi de l’eau et de l’énergie reste au cœur des priorités. Avec la montée en puissance des énergies renouvelables (52 % des besoins en 2030) et le recours au dessalement, le Maroc adapte son développement touristique aux impératifs climatiques. Même le golf, activité souvent pointée du doigt, adopte des pratiques durables : 90 % des parcours utilisent aujourd’hui de l’eau traitée pour l’arrosage.
Le tourisme comme moteur d’une transformation nationale
Au-delà du secteur, le tourisme est perçu comme un levier global de développement. À l’image de l’Espagne qui a su transformer ses grands événements sportifs en accélérateurs de modernisation, le Maroc veut s’appuyer sur la Coupe du monde 2030 pour impulser une mutation durable, tant sur le plan des infrastructures que sur celui de l’image internationale.

