Le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) appelle à une refonte profonde de la gouvernance de la biodiversité au Maroc. Réuni mercredi à Rabat à l’occasion de la présentation de son avis consacré au thème « La biodiversité au Maroc : pour une gouvernance renouvelée au service d’un développement territorial durable », le Conseil a plaidé pour un cadre institutionnel plus cohérent et une meilleure intégration de la biodiversité dans les politiques publiques nationales.
Face à l’accélération de la dégradation des écosystèmes marocains, le président du CESE, Abdelkader Amara, a insisté sur la nécessité d’adopter une loi-cadre dédiée à la biodiversité. Cette législation aurait pour objectif d’ancrer la Stratégie et le Plan d’action nationaux pour la biodiversité (SPANB) comme référence obligatoire de l’action publique, tout en imposant une cohérence entre les politiques sectorielles, les programmes d’investissement et les engagements environnementaux du Royaume.
Le CESE recommande également de renforcer le rôle de la Commission nationale du changement climatique et de la biodiversité en la plaçant sous l’autorité du chef du gouvernement. Selon le Conseil, cette évolution permettrait de transformer cette instance en véritable organe de pilotage stratégique capable d’assurer l’arbitrage entre les différents secteurs concernés et de garantir le respect des engagements du Maroc en matière de climat et de biodiversité.
Au cours de cette rencontre organisée à l’approche de la Journée mondiale de la biodiversité du 22 mai, Abdelkader Amara a dressé un constat préoccupant de la situation actuelle. Il a souligné que la gouvernance environnementale reste fragmentée, avec des politiques publiques encore trop cloisonnées. Les articulations entre les secteurs agricole, hydrique, territorial, environnemental et financier demeurent limitées, freinant une approche globale de préservation des ressources naturelles.
Le président du CESE a défendu une vision plaçant la biodiversité au cœur du modèle de développement national. Selon lui, le patrimoine naturel marocain doit être considéré comme un capital stratégique, capable de renforcer la résilience des territoires, de soutenir la souveraineté alimentaire et de créer des emplois durables dans l’économie verte, l’économie bleue et l’écotourisme.
Le Conseil alerte par ailleurs sur les multiples pressions qui pèsent sur les écosystèmes du Royaume. L’urbanisation croissante, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution et les effets du changement climatique accélèrent le recul des habitats naturels. Cette dégradation affecte directement les sols, accentue le stress hydrique et fragilise les écosystèmes agricoles, forestiers, pastoraux, marins et oasiens.
Le rapporteur du thème au sein du CESE, Abderrahim Ksiri, a présenté plusieurs indicateurs révélant l’ampleur du déséquilibre écologique. Il a notamment évoqué un déficit écologique structurel au Maroc, où l’empreinte écologique atteint 1,77 alors que la biocapacité disponible ne dépasse pas 0,73. Autrement dit, le niveau de consommation des ressources naturelles dépasse plus de deux fois la capacité des écosystèmes nationaux à se régénérer.
Abderrahim Ksiri a également mis en garde contre l’érosion rapide du capital naturel marocain. Plusieurs écosystèmes stratégiques se rapprochent désormais de seuils critiques de dégradation, sous l’effet de pressions continues qui menacent leur équilibre et leur durabilité.
Pour répondre à ces défis, le CESE structure ses recommandations autour de quatre grands axes. Le premier vise à consolider la gouvernance intégrée et le cadre institutionnel de la biodiversité. Le deuxième encourage l’intégration de la biodiversité dans les secteurs productifs et les politiques territoriales. Le troisième porte sur la réorientation des financements vers la restauration des écosystèmes et la durabilité environnementale. Enfin, le quatrième axe met l’accent sur le développement des connaissances scientifiques et le renforcement de l’appropriation citoyenne des enjeux liés à la biodiversité.
À travers cet avis, le CESE cherche à replacer la biodiversité parmi les priorités stratégiques du Maroc, dans un contexte marqué par les défis climatiques, la raréfaction des ressources hydriques et les impératifs de développement durable. Le Conseil estime que la préservation du patrimoine naturel constitue désormais un enjeu économique, social et territorial majeur pour les prochaines décennies.

