Le Maroc et le Portugal veulent accélérer leur projet d’interconnexion électrique sous-marine et comptent pour cela solliciter à la fois le soutien financier de l’Union européenne et l’intérêt d’investisseurs privés. L’objectif est de faire reconnaître cette liaison comme un projet d’intérêt européen et de trouver un schéma de financement adapté à une infrastructure dont le coût, évalué lors de précédentes études à environ 800 millions d’euros, doit encore être actualisé.
À l’issue d’une rencontre tenue lundi 20 juillet à Lisbonne entre la ministre portugaise de l’Environnement et de l’Énergie, Maria da Graça Carvalho, et la ministre marocaine de la Transition énergétique et du Développement durable, Leila Benali, les deux pays ont décidé de porter le dossier auprès de la Commission européenne. Rabat et Lisbonne souhaitent notamment examiner les possibilités de financement dans le prochain cadre budgétaire européen, avec un recours potentiel au Mécanisme pour l’interconnexion en Europe, destiné à soutenir les infrastructures énergétiques transfrontalières.
Les deux gouvernements envisagent également d’ouvrir le projet au secteur privé. Une consultation du marché pourrait être lancée afin d’évaluer l’intérêt des entreprises, des consortiums énergétiques et des gestionnaires de réseaux susceptibles de participer au financement ou à la réalisation de l’interconnexion. Cette approche vise à répartir l’effort financier autour d’un projet stratégique pour la sécurité d’approvisionnement énergétique des deux rives de la Méditerranée.
Le coût constitue précisément l’un des paramètres qui restent à préciser. Le montant de 800 millions d’euros avancé lors des précédentes études devra être réévalué en fonction de la technologie retenue et du tracé finalement choisi. Une option passant par l’Espagne pourrait notamment permettre de réduire la facture, puisque le Maroc dispose déjà d’une connexion avec le réseau électrique espagnol.
Au-delà de la question financière, le projet répond à un enjeu de sécurité énergétique. Pour Lisbonne, une liaison avec le Maroc offrirait une nouvelle voie d’échange électrique et contribuerait à renforcer la résilience du système énergétique portugais. Maria da Graça Carvalho a notamment fait référence à la panne électrique massive qui a touché la péninsule Ibérique le 28 avril 2025, estimant qu’une interconnexion avec le Maroc aurait pu faciliter et accélérer le rétablissement du réseau portugais.
Le projet n’est toutefois pas nouveau. Les premières études de faisabilité technique et financière remontent à juin 2016. Deux ans plus tard, en mai 2018, les gestionnaires des réseaux portugais et marocain, REN et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), avaient été chargés de préparer un avant-projet ainsi qu’un modèle de financement. Une déclaration conjointe adoptée en mai 2023 avait ensuite prévu de finaliser les études et d’accélérer la réalisation de l’interconnexion, notamment pour favoriser les échanges d’électricité d’origine renouvelable.
Pour le Maroc, cette liaison s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les interconnexions électriques avec l’Europe et à développer également les échanges énergétiques avec plusieurs pays africains. Elle pourrait ainsi contribuer à consolider la place du Royaume dans les futurs flux d’électricité renouvelable entre l’Afrique et le marché européen.
Les discussions entre Rabat et Lisbonne ont également porté sur les minerais critiques, les énergies renouvelables, la sécurité énergétique, le climat et la biodiversité. Les différents dossiers devraient être de nouveau examinés lors d’un sommet Maroc-Portugal prévu au début de l’année prochaine.
Le projet de câble électrique Maroc-Portugal entre donc dans une phase où se jouent simultanément son financement, son tracé et son positionnement au niveau européen. La reconnaissance comme projet prioritaire par Bruxelles et l’éventuelle mobilisation de capitaux privés seront déterminantes pour actualiser les études et donner une nouvelle impulsion à cette infrastructure stratégique.

