Le projet de Gazoduc Afrique Atlantique, qui reliera à terme les importantes réserves de gaz naturel du Nigeria au Maroc en passant par plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, vient de franchir une nouvelle étape majeure.
Réunis à Freetown à l’occasion de leur sommet ordinaire, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont validé un accord intergouvernemental donnant une impulsion décisive à cette infrastructure stratégique. Cette avancée marque le passage d’une longue phase de préparation à une étape de structuration institutionnelle, préalable au lancement effectif du chantier.
Imaginé en 2016 dans le cadre du renforcement de la coopération entre Rabat et Abuja, le projet s’est progressivement imposé comme l’un des plus ambitieux programmes énergétiques du continent africain. D’une longueur estimée à près de 6 000 kilomètres, le futur gazoduc traversera plusieurs États de la façade atlantique avant de rejoindre le réseau gazier marocain. Il sera ensuite connecté aux infrastructures existantes reliant l’Afrique au marché européen, offrant ainsi une nouvelle voie d’exportation du gaz nigérian tout en renforçant les échanges énergétiques entre les pays africains. Selon les études pilotées par l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Company (NNPC Ltd), cette infrastructure profitera également aux marchés nationaux des États traversés grâce au développement des réseaux régionaux d’approvisionnement.
L’accord adopté par les chefs d’État prévoit désormais la création d’une société de projet chargée du développement de l’infrastructure ainsi que la mise en place d’une autorité de gouvernance destinée à superviser sa réalisation. Ces nouvelles structures permettront de coordonner les prochaines étapes, notamment la mobilisation des partenaires financiers, la finalisation du montage économique et la préparation de la décision finale d’investissement. D’après les projections présentées par les promoteurs, les travaux pourraient débuter à l’horizon 2028 pour une mise en service progressive au début de la prochaine décennie.
Au-delà de son rôle dans le transport du gaz, cette infrastructure s’inscrit dans une vision plus large de transformation économique du continent. Le projet ambitionne d’améliorer la sécurité énergétique des pays participants, d’encourager l’industrialisation, de favoriser l’accès à une énergie plus fiable et de stimuler les investissements dans plusieurs secteurs économiques. Les analyses de la Banque africaine de développement (BAD) soulignent que le renforcement des infrastructures énergétiques constitue l’un des principaux leviers de croissance et d’intégration économique en Afrique. De son côté, l’Agenda 2063 de l’Union africaine identifie les grands corridors transfrontaliers comme des instruments essentiels pour accélérer le développement du continent.
L’évolution du contexte international renforce également l’intérêt stratégique du projet. La reconfiguration des marchés mondiaux de l’énergie, accélérée par les tensions géopolitiques et la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement, a placé les infrastructures africaines au cœur des réflexions sur la sécurité énergétique. Dans cette perspective, le gazoduc Afrique Atlantique représente une opportunité pour le Nigeria de diversifier ses débouchés commerciaux tout en valorisant ses importantes ressources gazières. Pour le Maroc, il consolide son positionnement comme plateforme énergétique reliant l’Afrique et l’Europe.
La validation politique obtenue lors du sommet de la CEDEAO constitue ainsi un signal fort en faveur de l’intégration régionale. Plus qu’un simple projet d’infrastructure, le gazoduc Afrique Atlantique apparaît désormais comme un outil de coopération économique, de développement industriel et de rapprochement entre les États africains. Sa concrétisation pourrait contribuer à renforcer les échanges intra-africains tout en offrant au continent une place plus importante dans les équilibres énergétiques internationaux.

