Le centre de gravité du marché automobile mondial s’est déplacé. En 2025, les constructeurs chinois ont pris pour la première fois la tête des ventes globales, mettant fin à plus de deux décennies de domination japonaise. Selon des données relayées par le quotidien économique Nikkei, sur la base des analyses de la plateforme spécialisée MarkLines, près de 27 millions de véhicules ont été écoulés par les groupes chinois, contre un peu plus de 25 millions pour leurs concurrents japonais.
Ce basculement dépasse le simple symbole. Il reflète une transformation structurelle de l’industrie automobile mondiale, désormais largement portée par la montée en puissance de la Chine, tant sur le plan industriel que technologique. La rapidité de développement, la compétitivité des coûts et l’avance prise dans les véhicules électriques ont profondément rebattu les cartes.
Dans ce nouvel environnement, plusieurs constructeurs chinois s’imposent avec une dynamique remarquable. BYD s’est hissé à la sixième place mondiale et domine désormais le segment des véhicules électriques en volume, devançant Tesla. Le groupe a franchi le seuil des 4,6 millions de véhicules vendus, avec une percée notable à l’international, marquée par plus d’un million d’unités écoulées hors de Chine. De son côté, Geely a poursuivi sa progression en dépassant Honda pour atteindre la huitième place mondiale, porté par une croissance soutenue et une offre élargie, notamment dans les modèles électriques.
Au total, six constructeurs chinois figurent aujourd’hui parmi les vingt premiers mondiaux, parmi lesquels Chery, Changan Automobile, SAIC Motor et Great Wall Motors, contre cinq pour le Japon. Ce rééquilibrage traduit l’émergence d’un nouveau leadership, fondé sur des volumes élevés, une stratégie offensive et une capacité d’adaptation rapide aux évolutions du marché.
L’expansion chinoise s’appuie également sur une mutation des stratégies internationales. Les exportations restent un levier important, mais les groupes privilégient de plus en plus l’implantation industrielle à l’étranger. Cette approche permet de réduire les coûts, d’anticiper les contraintes commerciales et de mieux répondre aux attentes locales. Des discussions autour d’acquisitions ou de partenariats industriels, notamment en Amérique du Nord et en Amérique latine, illustrent cette volonté de consolidation à l’échelle mondiale.
En parallèle, les constructeurs japonais traversent une phase plus contrastée. Si Toyota conserve sa position de premier constructeur mondial à titre individuel avec plus de 11 millions de véhicules vendus, l’ensemble du secteur enregistre un ralentissement. Honda a vu ses ventes reculer de manière significative, notamment sur le marché chinois, tandis que Nissan a quitté le top 10 mondial pour la première fois en vingt ans, fragilisé par une baisse de la demande sur ses principaux marchés.
Pour les groupes japonais, l’enjeu est désormais stratégique. Il implique de repenser les trajectoires d’électrification, d’accélérer l’innovation et de revoir leur positionnement face à une concurrence chinoise de plus en plus structurée et agressive.
Cette évolution traduit la transformation profonde de l’équilibre historique du secteur automobile mondial, avec des conséquences durables sur les chaînes de valeur, les investissements et les rapports de force industriels.


