Confrontée à une consommation domestique en perte de vitesse, la Chine tente d’activer un levier externe : les dépenses des visiteurs étrangers. Les autorités ont annoncé, vendredi, un ensemble de mesures destinées à renforcer l’attractivité du pays et à capter davantage de valeur à travers le tourisme et les services.
Élaboré conjointement par neuf administrations, dont le ministère du Commerce, ce dispositif couvre un périmètre élargi. Tourisme, commerce, événements sportifs, industries culturelles, mais aussi services médicaux et formation sont directement ciblés, dans une logique de diversification des sources de revenus.
L’objectif dépasse le simple regain de fréquentation. Pékin cherche à transformer les flux touristiques en moteur de consommation, en augmentant significativement les dépenses par visiteur. Une stratégie qui traduit une inflexion plus profonde du modèle économique, encore largement dépendant de l’industrie et des exportations de biens.
Visa assoupli et paiements facilités : la Chine lève les freins au tourisme étranger
Dans le détail, les autorités prévoient un assouplissement des conditions d’entrée sur le territoire, avec un élargissement des exemptions de visa et des dispositifs de transit sans visa. Parallèlement, les infrastructures de détaxe seront renforcées et les solutions de paiement simplifiées pour les étrangers, afin de lever des freins longtemps identifiés mais peu traités.
Cette offensive s’accompagne d’un positionnement plus qualitatif. Certaines régions sont appelées à développer des pôles dédiés au tourisme médical international, avec l’ambition d’attirer une clientèle à fort pouvoir d’achat. Les collectivités locales sont également encouragées à organiser davantage de compétitions sportives internationales, capables de générer des flux réguliers et des retombées économiques immédiates.
Chine : le ralentissement de la consommation révèle un malaise structurel
Ce virage stratégique intervient dans un contexte de fragilité persistante de la demande intérieure. En 2025, la consommation des ménages a nettement ralenti, avec une progression des ventes au détail limitée à 1,3 % en novembre, soit son niveau le plus faible depuis trois ans. Une performance en deçà des attentes, révélatrice d’un malaise plus profond.
Plusieurs facteurs expliquent cette atonie. La crise immobilière continue d’éroder le patrimoine des ménages, tandis que le chômage des jeunes et les incertitudes économiques alimentent un climat de prudence. À cela s’ajoute une pression déflationniste et une évolution des comportements de consommation, désormais plus rationnels, voire orientés vers l’épargne et le marché de seconde main.
La défiance post-Covid explique la chute de la consommation
Dans l’ombre de la crise sanitaire, une forme de défiance s’est installée, incitant les ménages à différer leurs dépenses. Résultat : un déséquilibre croissant entre une production industrielle soutenue et une demande intérieure insuffisante.
Dans ce contexte, Pékin tente d’enrayer une mécanique économique devenue préoccupante. Les autorités avaient annoncé une série de mesures visant à stimuler directement la consommation, allant de nouvelles aides à la garde d’enfants à des hausses de salaires et à une amélioration des congés rémunérés.
À cela s’ajoute un vaste programme de subventions estimé à près de 41 milliards de dollars, ciblant aussi bien les équipements domestiques que les véhicules électriques ou les produits technologiques, mais les ménages chinois ne dépensent toujours pas assez pour soutenir la croissance.
Les entreprises réduisent leurs prix faute d’acheteurs, comprimant leurs marges, freinant les embauches et pesant sur les salaires. Un cercle vicieux que Pékin cherche désormais à briser en se tournant vers le tourisme international, dans une économie déjà fragilisée par la crise immobilière, l’endettement et un chômage persistant.

