Le marché marocain des cosmétiques et parfums de luxe est dans le viseur du Conseil de la concurrence, qui a ouvert une procédure après avoir identifié plusieurs pratiques susceptibles de fausser le jeu de la concurrence. Saisi par une entreprise du secteur, le régulateur a mené une enquête approfondie dont les conclusions dépassent largement le cadre de la plainte initiale et pointent des dysfonctionnements structurels.
Au cœur de l’analyse, un modèle de distribution sélective dominé par des critères stricts d’accès, imposés par les fournisseurs internationaux. Ce système, fondé sur des exigences de qualité et de positionnement, s’accompagne souvent d’accords d’exclusivité territoriale. Résultat : certains opérateurs se retrouvent en position dominante, limitant l’entrée de nouveaux acteurs et renforçant la dépendance des détaillants.
Les investigations ont mis en évidence plusieurs sources de préoccupations. D’abord, des risques de discrimination entre détaillants, liés à l’application de conditions commerciales différenciées pouvant aller jusqu’à des ruptures de relations contractuelles. Ensuite, des pratiques de ventes liées, obligeant certains distributeurs à acheter des produits secondaires pour accéder à des références stratégiques. Le Conseil évoque également des mécanismes d’éviction, notamment via la rétention de produits clés ou l’exclusion de certains acteurs du réseau de distribution.
Autre point sensible : la circulation d’informations commerciales jugées stratégiques. L’échange de données individualisées sur les performances ou les conditions tarifaires des détaillants est susceptible d’influencer les comportements et de restreindre la concurrence. À cela s’ajoutent des pratiques visant à uniformiser les prix de vente au public, assimilées à une forme de « police des prix », qui limite la liberté tarifaire des distributeurs.
Face à ces constats, les entreprises concernées ont opté pour la procédure d’engagement prévue par la loi sur la liberté des prix et de la concurrence. Ce mécanisme leur permet de proposer des mesures correctives pour éviter des sanctions, à condition de répondre aux préoccupations identifiées.
Sept engagements majeurs ont été soumis au régulateur. Ils prévoient notamment une séparation claire entre les activités de distribution en gros et celles de vente au détail, afin de limiter les conflits d’intérêts et l’accès aux informations sensibles. Les opérateurs s’engagent aussi à formaliser des contrats transparents, définissant de manière objective les شروط d’accès au réseau et les modalités de collaboration avec les détaillants.
La fin des ventes liées figure également parmi les mesures proposées, tout comme la garantie d’un accès équitable aux produits exclusifs ou en édition limitée. Les entreprises promettent par ailleurs de mettre un terme aux échanges d’informations sensibles et de respecter pleinement la liberté de fixation des prix, en supprimant toute forme d’imposition directe ou indirecte.
Enfin, un programme interne de conformité au droit de la concurrence sera instauré, accompagné de rapports réguliers transmis au Conseil pour assurer le suivi des engagements.
Ces propositions sont désormais soumises à consultation publique. Les acteurs du marché disposent d’un délai allant jusqu’au 8 juin 2026 pour formuler leurs observations. À l’issue de cette phase, le Conseil de la concurrence décidera de rendre ces engagements contraignants ou d’adopter d’autres mesures.
Cette intervention marque une étape importante dans la régulation d’un secteur à forte valeur ajoutée, où l’équilibre entre image de marque, exclusivité et concurrence reste fragile.


