Pétrole : la guerre au Moyen-Orient provoque un choc historique mondial (IEA)
La guerre qui secoue le Moyen-Orient provoque une onde de choc sans précédent sur le marché pétrolier mondial. Dans son rapport publié le 12 mars, l’Agence internationale de l’énergie (Agence internationale de l’énergie – IEA) évoque la plus importante perturbation d’approvisionnement jamais enregistrée dans l’histoire moderne du secteur. Au cœur de la crise, l’arrêt quasi total du trafic maritime dans le détroit d’détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transitent habituellement près de 20 millions de barils de pétrole par jour.
Depuis le déclenchement des frappes aériennes conjointes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, les flux pétroliers dans cette zone clé se sont presque entièrement interrompus. Les exportations de brut et de produits raffinés qui empruntent ce corridor maritime vital se sont effondrées, obligeant plusieurs producteurs du Golfe à réduire fortement leur production faute de débouchés logistiques. L’IEA estime que les pays de la région ont déjà diminué leur production d’au moins 10 millions de barils par jour.
Cette contraction brutale de l’offre devrait entraîner une chute mondiale de l’approvisionnement pétrolier d’environ 8 millions de barils par jour en mars. Certaines hausses de production observées ailleurs dans le monde, notamment au Kazakhstan et en Russie, atténuent partiellement l’impact, mais ne suffisent pas à compenser l’ampleur des pertes enregistrées au Moyen-Orient.
L’interruption des flux ne touche pas seulement le pétrole brut. Les marchés des produits raffinés subissent également de fortes tensions. En 2025, les producteurs du Golfe exportaient environ 3,3 millions de barils par jour de produits raffinés et 1,5 million de barils de gaz de pétrole liquéfié (GPL). Aujourd’hui, ces expéditions sont quasiment à l’arrêt. Plus de 3 millions de barils par jour de capacité de raffinage dans la région ont déjà été mis hors service, soit à la suite d’attaques sur les installations énergétiques, soit en raison de l’impossibilité d’exporter les carburants produits.
Dans ces conditions, plusieurs raffineries orientées vers l’exportation ont réduit leurs activités ou cessé leurs opérations, les réservoirs de stockage arrivant progressivement à saturation. Selon l’IEA, plus de 4 millions de barils par jour de capacité de raffinage pourraient être menacés si la paralysie logistique persiste.
Les répercussions s’étendent à toute la chaîne énergétique mondiale. Les marchés du diesel et du kérosène apparaissent particulièrement vulnérables, faute de marges de production disponibles ailleurs pour compenser les pertes du Moyen-Orient. Les perturbations du transport aérien dans la région, avec de nombreuses annulations de vols, ont également réduit la demande mondiale de carburant aviation.
Par ailleurs, les pénuries de GPL et de naphta commencent à fragiliser l’industrie pétrochimique. Plusieurs complexes industriels ont déjà ralenti leur production de polymères en raison du manque de matières premières. Dans certains pays, notamment en Inde et dans plusieurs régions d’Afrique de l’Est, l’approvisionnement en gaz utilisé pour la cuisson et le chauffage pourrait aussi être affecté.
Face à ces perturbations majeures, les pays membres de l’IEA ont décidé d’activer leurs mécanismes d’urgence. Le 11 mars, ils ont approuvé à l’unanimité la mise sur le marché de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques afin de stabiliser l’approvisionnement et de limiter l’impact économique de la crise.
Les stocks mondiaux constituent pour l’instant un amortisseur important. Les inventaires observés atteignent plus de 8,2 milliards de barils, leur plus haut niveau depuis février 2021. Environ la moitié de ces réserves est détenue par les pays de l’OCDE, dont 1,25 milliard de barils appartenant directement aux gouvernements pour faire face à des situations d’urgence.
Malgré ce filet de sécurité, les marchés restent extrêmement volatils. Le prix du baril de Brent a bondi après le déclenchement des hostilités, frôlant les 120 dollars avant de se stabiliser autour de 92 dollars, soit une hausse d’environ 20 dollars sur un mois.
La demande mondiale de pétrole commence également à ressentir les effets de cette flambée des prix et de l’incertitude économique. L’IEA a révisé à la baisse ses prévisions de consommation, anticipant désormais une croissance de 640 000 barils par jour en 2026, soit 210 000 barils de moins que prévu le mois précédent. Pour mars et avril, la demande pourrait reculer d’environ un million de barils par jour par rapport aux estimations initiales.
L’évolution de la situation dépendra largement de la durée du conflit et de la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Sans rétablissement rapide des flux pétroliers et sans garanties de sécurité pour les navires, l’économie mondiale pourrait continuer à subir les conséquences de cette crise énergétique majeure.



