Par Daidai Rachida, professeur de littérature française
Les jeunes sont souvent taxés d’impatience, d’arrivisme, ou de chercher des succès rapides sans effort. Pourtant, derrière ces critiques se cache une énergie brute, un idéalisme et une créativité qui, canalisés, pourraient transformer nos défis collectifs en exploits. Comment passer du jugement à l’accompagnement ? Comment faire de cette « démesure » une force ?
Comprendre les racines de l’« arrivisme » : entre pression sociale et quête de sens
La jeunesse évolue dans un monde où la rapidité est glorifiée : réseaux sociaux, promesses de réussite instantanée, injonctions à la productivité. Cette course effrénée n’est pas uniquement un choix individuel, mais souvent le reflet d’une société qui valorise l’action immédiate et la performance visible. Les jeunes, en manque de modèles stables ou de validation interne, cherchent à se rassurer par des succès extérieurs, quitte à adopter des comportements perçus comme opportunistes.
L’arrivisme est souvent confondu avec l’ambition, alors que l’un nuit au collectif, l’autre peut l’enrichir. La jeunesse, souvent perçue comme « arriviste », est en réalité en quête de repères pour transformer son audace en impact positif. Là où l’arrivisme divise, l’ambition collective transcende les ego : la jeunesse incarne cette alchimie lorsqu’elle mêle audace et quête de sens au service du bien commun. Il s’agit de distinguer l’élan tourné vers soi de celui qui, ancré dans des valeurs communes, construit des ponts plutôt que des rivalités.
Canaliser l’énergie : des pistes pour accompagner
Plutôt que de critiquer, comment épauler cette génération ?
- Mentorat et cadre clair : Offrir des modèles inspirants pour distinguer les envies éphémères des objectifs porteurs de sens.
- Apprentissage par l’échec : Dédramatiser l’inachèvement en faisant des erreurs des étapes clés, non des tabous.
- Intégration des idées jeunes : S’appuyer sur la créativité des leaders climatiques ou sociaux, dont les projets prouvent qu’un rôle actif génère des solutions concrètes.
L’enjeu ? Transformer l’impulsivité en force collective : ancrer leurs aspirations dans des structures qui valorisent la persévérance, la collaboration et l’impact durable. Leur énergie, canalisée, devient alors un carburant pour bâtir, non pour brûler les étapes.
Redéfinir la réussite : qualité vs. vitesse
La société doit cesser de mesurer la réussite à l’aune de la rapidité. L’arrivisme, nourri par la course à la performance individuelle, épuise les potentiels. Guidons plutôt la jeunesse vers des projets collectifs, où l’émulation remplace la compétition toxique. Valorisons des initiatives ancrées dans le social ou l’écologie, mesurant le mérite à l’impact partagé plutôt qu’à l’accumulation personnelle. Repensons les systèmes éducatifs et professionnels pour y intégrer co-création et mentorat solidaire. La vraie rupture générationnelle ? Passer d’une réussite solitaire à un héritage commun, où l’ambition sert le bien-être collectif..
Plutôt que de diaboliser l’impétuosité juvénile, transformons-la en carburant pour des révolutions durables. Les jeunes ne sont pas des arrivistes, mais des alchimistes en quête de sens, prêts à bâtir si on leur en donne les outils. À nous de leur tendre la main, sans étouffer leur feu, mais en l’orientant vers des horizons communs.

