Cette année, 2M rompt avec les automatismes. La chaîne publique aborde le mois de Ramadan avec une grille repensée, plus narrative, plus ambitieuse, et surtout sans sitcom, un choix fort qui tranche avec des années de tradition ramadanesque dominées par la comédie courte. À la place, une programmation structurée autour de la fiction, du patrimoine et du divertissement, pensée pour installer le rendez-vous dans la durée.
Le cœur de la grille bat chaque soir après le Ftour, avec un bloc de séries quotidiennes porté par des titres à fort capital affectif. En tête d’affiche, « Bnat Lalla Mennana » signe un retour très attendu, treize ans après ses deux premières saisons. Toujours campée dans la lumière singulière de Chefchaouen, la série opère un passage de relais générationnel. Sous la direction de Chaouki El Oufir, les figures emblématiques retrouvent l’écran aux côtés de nouveaux visages, incarnant les enfants devenus adultes, et désormais parents. Une continuité assumée, mais avec un regard renouvelé.
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Dans un registre plus patrimonial, « Hikayat Chama », réalisée par Brahim Chkiri, renoue avec la grande tradition des fresques populaires marocaines. Tournée dans la région de Taroudant, la série revendique un ancrage territorial fort et une narration puisée dans la mémoire collective, portée par Bouthayna Yaakoubi et Kamal Kadimi.
Pour injecter de la légèreté dans ce dispositif dense, 2M mise sur le format court avec la capsule « Mahjouba et Tibariya ». En sept minutes chrono, Dounia Boutazout et Sahar Seddiki prolongent l’univers de « Jouj Wjouh », capitalisant sur un duo comique déjà plébiscité par le public.
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La chaîne structure également ses soirées hebdomadaires autour de récits forts. Le lundi, « Al Berrani », drame signé Driss Roukhe, explore l’irruption d’un étranger dans la vie d’une femme hantée par la perte de son enfant, vingt ans plus tôt. Le jeudi, « Lili Touil », réalisée par Alaa Akaaboune, plonge dans les zones grises de l’influence digitale, entre mise en scène de soi, quête de notoriété et fractures intimes. Le dimanche, place à « Ba Lahbib », mini-série en quatre épisodes, portée par Abdellah Ferkous, qui joue la carte d’un récit resserré et efficace.
Le mercredi reste fidèle au format téléfilm, avec une soirée entièrement dédiée à cinq productions inédites, signées par Abdellah Toukouna, Ali Al Majboud, Mourad El Khaoudi, Abdelhai Laraki et Hassan Rhanja. Une vitrine pour des histoires autonomes, conçues pour frapper juste en une soirée.
Côté divertissement, 2M sécurise ses valeurs sûres : « Ahssan Pâtissier Célébrité » le mardi, « Rachid Show » le vendredi et « Bahat Al Isstiraha » le samedi. Sans oublier la dimension spirituelle du mois, incarnée par « Tajwid Al Qoran », diffusée chaque vendredi.
Avec cette grille ramadanesque, 2M affiche clairement son cap : moins de formats faciles, plus de récits construits, et une ambition assumée de réconcilier exigence éditoriale et grand public. Un pari stratégique, dans un paysage audiovisuel où le mois de Ramadan reste plus que jamais le terrain de toutes les batailles.

