Chaque soir, à l’heure du Ftour où les familles marocaines se rassemblent devant l’écran, un visage revient : celui de Dounia Boutazout. Impossible d’y échapper. Que ce soit dans Ad-Dam Al Machrouk sur 2M, Oulad Yaza et Ana Wiyak sur Al Aoula, ou encore Yawm Malqak sur MBC5, la comédienne est partout, s’imposant comme l’indiscutable reine du petit écran ce Ramadan.
Son ubiquité suscite le débat, entre admiration, esprit jovial et.. lassitude. Certains saluent son talent et son énergie, d’autres dénoncent une saturation excessive, évoquant même une « overdose Boutazout ».
Mais cette présence massive est-elle réellement de son fait ? Ou résulte-t-elle d’un phénomène bien connu dans l’industrie audiovisuelle, où les producteurs misent tout sur une étoile montante jusqu’à risquer d’en lasser le public ?
Le choix des producteurs, une stratégie récurrente
Ce n’est pas la première fois qu’un acteur marocain monopolise les écrans pendant Ramadan. Avant Dounia Boutazout, Amine Ennaji était partout, puis vint le tour de Soukaina Darabil, sans oublier Rachid El Ouali il y a quelques années. Un cycle qui semble se répéter inlassablement, dicté par une logique implacable : lorsqu’un comédien a le vent en poupe, les productions se l’arrachent, parfois au détriment d’une diversité qui pourrait bénéficier à tout le paysage audiovisuel.
Ce phénomène dépasse largement les frontières du Maroc. En Égypte, Mohamed Ramadan s’est imposé sur plusieurs productions au point de devenir une figure incontournable des fictions ramadanesques. En Turquie, des acteurs comme Burak Özçivit ou Cansu Dere ont connu des périodes de surexposition similaires, portés par la popularité des séries où ils jouaient. À Hollywood, on se souvient des années où Jennifer Lawrence était omniprésente, enchaînant blockbusters et films d’auteur, jusqu’à susciter une certaine lassitude.
Le problème ne vient donc pas des acteurs eux-mêmes. Personne ne peut reprocher à un artiste de travailler et de saisir les opportunités qui s’offrent à lui. Dounia Boutazout, qui était déjà la star du Ramadan dernier avec Jouj Wjouh, ne fait qu’accepter les rôles proposés. La véritable question est ailleurs : pourquoi les producteurs préfèrent-ils concentrer leurs projets autour des mêmes visages, plutôt que de diversifier le casting et révéler de nouveaux talents ?
Un manque de renouvellement artistique ?
Le choix de toujours miser sur les mêmes figures est une stratégie confortable mais risquée. Plutôt que de bâtir une industrie où les rôles s’adaptent aux talents, les productions semblent souvent modelées autour d’un acteur phare, quitte à forcer des rôles qui ne lui correspondent pas toujours. On l’a vu avec le duo Aziz Dadas – Majdouline Idrissi, très apprécié du public mais omniprésent dans certaines productions cinématographiques, simplement parce que les producteurs ont parié sur leur alchimie.
Pourquoi ne pas innover, prendre des risques, faire éclore de nouvelles étoiles plutôt que de briller sous un seul projecteur ? Le Maroc regorge de talents qui ne demandent qu’à être mis en avant. Plutôt que de tout miser sur une seule figure du moment, les producteurs gagneraient à s’inspirer des stratégies internationales où la diversité des visages à l’écran permet de renouveler constamment l’offre et de surprendre le public.
Dounia Boutazout restera, quoi qu’il en soit, une star et une figure emblématique. Mais pour que la magie opère durablement, il faudra bien, un jour, que nos producteurs comprennent qu’un ciel étoilé est bien plus beau qu’une seule étoile éclatante aussi éclatante soit-elle.

