Edgar Morin, philosophe et sociologue français est décédé le 29 mai 2026 à l’âge de 104 ans. L’annonce a été faite par son épouse, Sabah Abouessalam, sociologue et urbaniste marocaine.
Dans un communiqué transmis à l’AFP, elle décrit un homme qui est resté attentif au monde, aux autres et aux grands enjeux humains qui ont nourri sa pensée.
Un intellectuel qui refusait les frontières du savoir
Issu d’une famille juive séfarade originaire de Thessalonique, Edgar Morin né Edgar Nahoum, s’engage dans la résistance française en 1941 où il adopte le pseudonyme « Morin », qui est dû à la faute d’un camarade ayant mal retranscrit « Manin », un pseudonyme qu’il avait choisi d’utiliser à l’époque.
Après avoir adhéré au Parti communiste, qu’il quittera en 1951, il publie un essai fondamental « Autocritique » en 1959, un ouvrage dans lequel il revient sur son expérience au sein du parti.
Tout au long de sa carrière, Edgar Morin s’est opposé à la fragmentation des connaissances et à la spécialisation excessive des disciplines. Il développe alors la méthode de « la pensée complexe », une approche qui vise à relier les savoirs plutôt qu’à les isoler. Cette vision trouve son expression la plus aboutie dans La méthode, publiée entre 1977 et 2004.
Parmi ses ouvrages les plus influents figure Les Sept savoirs nécessaires à l’éducation du Futur, publié à la demande de l’UNESCO en 1999.
Entre Edgar Morin et le Maroc
Le lien entre Edgar Morin et le Maroc dépasse le cadre intellectuel. En 2009, lors du festival des musiques sacrées de Fès, il rencontre celle qui deviendra sa future épouse, Sabah Abouessalam, chercheuse au CNRS et professeure à l’Institut National d’Aménagement et d’Urbanisme de Rabat. Ils se marient en 2012 et de cette union va sortir plusieurs ouvrages dont La rencontre improbable et nécessaire encore intitulé L’Homme est faible devant la femme.
Bien avant cette rencontre amoureuse, le lien entre Edgar Morin et le Maroc remonte à des années avant. Dès la fin des années 1950, il est invité au Maroc par un enseignant du lycée français de Rabat. Grâce à cette invitation, il découvre le pays et noue des amitiés avec plusieurs figures marocaines notamment le prince Moulay Ali et le futur diplomate Tajeddine Baddou.
En 2004, il est nommé membre du Comité permanent des Programmes, chargé de la réforme des programmes scolaires par le e ministre de l’Éducation nationale, Habib Malki.
En 2009, il reçoit le prix Averroès dans la ville de Fès. Cinq plus tard, le roi Mohammed VI lui remet le Wissam Al Kafaa Al Fikria à l’occasion de la fête du trône. Par ailleurs, deux universités marocaines lui décernent le titre de docteur honoris causa et en 2024, son épouse et lui sont conviés au diner d’État offert par le roi Mohammed VI au président français Emmanuel Macron.
Au fil des décennies le lien entre le Maroc et Edgar Morin n’a fait que se renforcer au point où il décide de s’y installer. En effet, au cours de ses dernières années de vie, Edgar Morin partage son temps entre la France et Marrakech, devenue son principal lieu de résidence et de travail.
Une voix engagée jusqu’à la fin
Même passé le cap des cent ans, Edgar Morin n’a jamais cessé d’intervenir dans le débat public. Lors du festival du Livre Africain de Marrakech en février 2024, il s’exprime sur la guerre à Gaza en dénonçant les violences subies par les populations civiles et le silence de la communauté internationale. Ses déclarations font le tour des réseaux sociaux, témoignant ainsi de la force des pensées.
Le monde perd l’un des ses plus grands penseurs contemporains et le Maroc voit s’éteindre un ami fidèle qui avait fait du Maroc plus qu’un lieu de résidence : un espace de réflexion et d’inspiration.

