Entre Tanger et Tarifa, le cinéma africain continue de jeter des ponts entre les continents. Du 22 au 24 mai prochains, la ville du détroit accueillera la 23ᵉ édition du Festival de cinéma africain de Tarifa-Tanger (FCAT), un rendez-vous devenu incontournable pour les passionnés du septième art africain et des récits engagés venus des deux rives.
Cette nouvelle édition promet une programmation riche, marquée par des thématiques liées au futurisme, à l’identité, à la mémoire et à la résistance. Le coup d’envoi sera donné à la Cinémathèque de Tanger, dans la mythique salle du cinéma Rif, avec la projection de « Memory of Princess Mumbi » du réalisateur kényano-suisse Damien Hauser. Ce long-métrage, à mi-chemin entre documentaire et science-fiction, transporte le spectateur dans une Afrique futuriste imaginée en 2093, où l’intelligence artificielle côtoie ce que le cinéaste qualifie de « nouveau mysticisme africain ».
Le réalisateur assistera à l’ouverture du festival en compagnie de l’actrice principale Shandra Apondi. Le film, déjà remarqué lors du FCAT Lab 2025 et présenté à la Seminci de Valladolid, illustre la volonté du festival de mettre en lumière un cinéma africain audacieux, capable d’innover malgré des moyens de production limités.
Au-delà des projections, le FCAT poursuit sa vocation de plateforme de dialogue culturel. Le rendez-vous littéraire « Entrelíneas », organisé au musée Dar Niaba en partenariat avec l’Institut Cervantès de Tanger, réunira écrivains et artistes autour de discussions consacrées aux récits, aux identités et aux imaginaires contemporains. Les auteurs marocains Mohamed Serifi-Villar et Driss Bouissef-Rekab participeront notamment à cette rencontre aux côtés de l’actrice espagnole Cayetana Guillén Cuervo.
La section dédiée aux courts-métrages fera également la part belle aux réalisatrices marocaines et africaines. Parmi les œuvres attendues figurent « L’Mina » de Randa Maroufi, exploration expérimentale de la mémoire et des lieux, « Les jardins du paradis » de Sonia Terrab, qui interroge le patriarcat arabe, ainsi que « Aïcha » de Sanaa El Alaoui. Plusieurs réalisatrices seront présentes pour échanger avec le public après les projections.
Le festival se clôturera avec la première mondiale du documentaire « Ceux qui veillent » de la cinéaste belgo-marocaine Karima Saïdi. Le film plonge dans un cimetière multiconfessionnel de Bruxelles pour observer comment les rites funéraires deviennent un moyen de préserver les liens avec les origines et la mémoire collective des communautés immigrées.
Le FCAT accordera également une place importante aux arts visuels. Une exposition photographique de l’artiste tangérois Mehdi Sefrioui, auteur de l’affiche officielle de cette édition, sera présentée à la galerie de l’Institut Cervantès. À travers son travail, l’artiste explore la mémoire du Maghreb, les récits postcoloniaux et les mécanismes de résistance culturelle.
Créé en 2004, le Festival de cinéma africain de Tarifa-Tanger s’est imposé au fil des années comme un espace majeur de diffusion et de valorisation des cinématographies africaines. Entre projections, rencontres littéraires, débats et expositions, cette 23ᵉ édition confirme une nouvelle fois le rôle du FCAT comme carrefour artistique entre l’Afrique et l’Europe.

