La première édition de GITEX FUTURE HEALTH AFRICA Morocco a ouvert ses portes lundi à Casablanca, réunissant décideurs publics, industriels, innovateurs et investisseurs autour d’un enjeu central : accélérer la transformation des systèmes de santé africains à l’ère du numérique. Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’événement, qui se tient jusqu’au 6 mai à la Foire Internationale de Casablanca, s’impose d’emblée comme une plateforme stratégique pour repenser l’accès aux soins, renforcer la souveraineté sanitaire et structurer les investissements dans la health-tech sur le continent.
Dès la cérémonie inaugurale, conduite par le ministre de la Santé et de la Protection sociale Amine Tehraoui et le professeur Youns Bjijou, représentant la Fondation Mohammed VI des Sciences et de la Santé, le ton a été donné : la santé africaine entre dans une phase de mutation profonde, portée par les données, l’intelligence artificielle et de nouveaux modèles organisationnels. Le sommet exécutif organisé en ouverture a ainsi concentré les échanges sur les leviers capables de transformer durablement l’écosystème de santé.
Invité d’honneur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à la tête de Organisation mondiale de la santé, a insisté sur le rôle déterminant des technologies numériques dans la construction de systèmes de santé plus efficaces et équitables. Il a mis en garde contre une adoption purement technologique, plaidant pour des solutions adaptées aux réalités locales, capables de renforcer la confiance autour des données de santé et d’accompagner les professionnels sans les remplacer. L’OMS, a-t-il rappelé, entend soutenir les pays africains dans cette transition afin d’améliorer l’accès aux soins et la qualité des services, tout en renforçant la préparation face aux crises sanitaires.
Au fil des interventions, un consensus s’est dégagé : le modèle hospitalo-centré montre ses limites face aux défis actuels. Les acteurs du secteur appellent à privilégier la prévention, le dépistage précoce et des parcours de soins mieux coordonnés. Représentant AstraZeneca pour la région, Rami Scandar a souligné que la performance des systèmes de santé dépend désormais du moment où le patient est pris en charge, bien avant l’apparition de complications lourdes. Cette approche, a-t-il expliqué, ne relève pas uniquement de la médecine, mais aussi de l’économie, une population en meilleure santé constituant un moteur direct de productivité et de croissance.
Les discussions ont également mis en lumière les obstacles structurels qui ralentissent l’intégration des innovations, notamment la complexité des systèmes de santé et les exigences réglementaires élevées. Sur ce point, Dan Vahdat, CEO de la société britannique Huma, a rappelé que le secteur de la santé, malgré la masse de données qu’il génère, reste en retard dans l’adoption des technologies numériques. Pour lui, les pays africains disposent d’un avantage : celui de pouvoir construire des infrastructures modernes sans être freinés par des systèmes hérités. À condition, toutefois, d’inscrire cette ambition dans une stratégie nationale claire et soutenue au plus haut niveau.
Dans les espaces d’exposition, cette dynamique se traduit concrètement. Des solutions d’intelligence artificielle appliquées au diagnostic, des plateformes nationales de données de santé, des projets d’hôpitaux intelligents ou encore des outils de suivi à distance illustrent les transformations en cours. Les industriels présents, à l’image de Siemens Healthineers Maroc, mettent en avant des technologies conçues pour améliorer la prise en charge des patients tout en optimisant les performances des systèmes de santé.
Au-delà des annonces et des démonstrations technologiques, GITEX FUTURE HEALTH AFRICA Morocco marque une inflexion dans la manière d’aborder la santé sur le continent. La convergence entre politiques publiques, innovation et investissement dessine les contours d’un modèle plus préventif, connecté et résilient. Casablanca devient, le temps de quelques jours, le point de rencontre d’une ambition partagée : faire de l’Afrique un acteur à part entière de la transformation mondiale des systèmes de santé.


