Les enseignants-chercheurs des établissements publics observent une grève nationale les 3 et 4 mars 2026, à l’appel du Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup). Le mouvement, qui touche l’ensemble des institutions de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, s’inscrit dans un bras de fer ouvert autour de la loi 59.24 relative à la réforme du secteur. Cours, conférences, séminaires, réunions administratives et activités scientifiques sont suspendus pendant 48 heures, avec un mot d’ordre de boycott élargi.
À l’origine de cette mobilisation, une décision prise par la Commission administrative du syndicat réunie le 15 février à la Faculté des sciences de Rabat, puis officialisée dans un communiqué diffusé fin février. Le SNESup appelle les enseignants-chercheurs à tenir des assemblées générales durant les deux journées de débrayage et à assurer une présence militante au sein des établissements dès le début de la matinée. Un sit-in devant le Parlement est également annoncé dans le cadre d’un programme de mobilisation qui pourrait s’étendre tout au long du mois de mars, la commission restant ouverte jusqu’au 12 avril pour évaluer la suite à donner.
Au cœur du conflit, la loi 59.24, adoptée pour refondre en profondeur le système de l’enseignement supérieur et remplacer le cadre juridique précédent. Pour le syndicat, ce texte marque une rupture. Il estime avoir été écarté du processus d’élaboration et dénonce une réforme menée sans concertation suffisante avec le principal partenaire social du secteur. Le SNESup voit dans cette loi une atteinte à l’autonomie de l’université publique et aux libertés académiques, redoutant un renforcement de la tutelle administrative et une orientation jugée trop libérale de l’enseignement supérieur public.
Au-delà du rejet du texte, les revendications portent sur des dossiers précis qui, selon les représentants des enseignants-chercheurs, s’accumulent depuis plusieurs années. Le règlement du dossier du doctorat français, le traitement des promotions de grade pour 2023 et l’accélération des dossiers 2024 et 2025 figurent parmi les priorités. Le syndicat réclame également la prise en compte de l’ancienneté acquise dans la fonction publique ainsi que la généralisation des neuf années d’ancienneté fictive. S’y ajoute une demande d’exonération fiscale pour les activités de recherche scientifique.
En élargissant la grève à toutes les structures, qu’elles relèvent ou non des universités, le SNESup entend peser sur le calendrier de mise en œuvre de la réforme et obtenir des engagements formalisés, assortis d’échéances précises. Les enseignants-chercheurs affirment ne plus vouloir se contenter de discussions sans résultats concrets.
Cette grève nationale des enseignants-chercheurs intervient dans un contexte où la réforme de l’enseignement supérieur au Maroc suscite un débat soutenu sur l’autonomie universitaire, la gouvernance et les conditions d’exercice du métier. Les conséquences pourraient se faire sentir sur le déroulement des cours et des travaux de recherche si le mouvement venait à se prolonger. À ce stade, le dialogue entre le ministère et le syndicat apparaît comme la seule issue pour éviter une crispation durable dans les universités publiques.

