Mercredi 21 janvier, un tribunal de Séoul a rendu un verdict historique en condamnant l’ancien premier ministre sud-coréen Han Duck-soo à 23 ans de prison pour son rôle dans la tentative avortée d’instauration de la loi martiale en décembre 2024. Cette peine dépasse largement les quinze ans requis par le parquet. Le juge Lee Jin-gwan a déclaré que Han Duck-soo « a manqué jusqu’au bout à son devoir et à sa responsabilité en tant que premier ministre ». L’accusé, qui comparaissait libre, a été sommé de rejoindre immédiatement la prison pour purger sa peine.
Han Duck-soo, âgé de 76 ans, était le bras droit du président conservateur Yoon Suk Yeol lors du soir du 3 décembre 2024, quand le chef de l’État avait annoncé par surprise l’instauration de la loi martiale, envoyant l’armée encercler le Parlement dans une tentative d’empêcher les députés de bloquer ses mesures. Quelques heures plus tard, le président Yoon avait dû faire marche arrière, des parlementaires ayant réussi à entrer dans l’hémicycle pour voter la suspension du décret présidentiel.
Le juge Lee a qualifié la manœuvre de « coup d’État de palais » et d’« insurrection venue d’en haut ». Selon le magistrat, Han Duck-soo « avait le devoir, en tant que premier ministre, de respecter la Constitution et les lois et de tout mettre en œuvre pour faire appliquer l’ordre constitutionnel. Convaincu que l’insurrection du 3 décembre pouvait réussir, il a tourné le dos à ses responsabilités et y a pris part ». Le tribunal a souligné que Han Duck-soo avait exprimé ses inquiétudes à Yoon Suk Yeol, mais n’avait jamais formulé d’opposition explicite ni encouragé ses collègues à s’opposer au décret présidentiel.
Lors du procès, l’ex-premier ministre a nié toute complicité, affirmant qu’il n’avait jamais soutenu ni facilité la loi martiale, justifiée par Yoon Suk Yeol pour contrer le blocage du budget national par un Parlement dominé par l’opposition. Dans son allocution télévisée, le président avait invoqué la protection contre les « forces communistes nord-coréennes » et l’élimination des « éléments hostiles à l’État ».
Après la suspension de Yoon par l’Assemblée nationale le 14 décembre, Han Duck-soo avait été automatiquement nommé président par intérim. Il fut lui-même suspendu le 27 décembre pour avoir entravé les procédures contre Yoon, avant d’être rétabli par la Cour constitutionnelle en mars 2025. Démissionnaire en mai pour se présenter à la présidentielle anticipée de juin, déclenchée après la destitution définitive de Yoon, il n’a jamais été investi par son parti. L’élection fut remportée par Lee Jae-myung, candidat de l’opposition de gauche.
Cette condamnation marque un tournant dans l’histoire politique sud-coréenne, rappelant les fragiles équilibres institutionnels et la vigilance nécessaire face aux tentatives de manipulation du pouvoir exécutif.


