À l’approche de la saison estivale, la vigilance monte d’un cran face au risque d’incendies de forêts. Réuni le 28 avril à Rabat, le Comité directeur national chargé de la prévention et de la lutte contre les feux de forêt, sous l’égide de Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), a arrêté un plan d’action doté de 150 millions de dirhams pour 2026. L’objectif est clair : consolider les acquis d’une année 2025 marquée par un net recul des sinistres, tout en anticipant des conditions climatiques jugées plus préoccupantes.
Le bilan de la campagne précédente offre des indicateurs encourageants. Au total, 418 départs de feu ont été recensés, pour une superficie brûlée de 1 728 hectares. Cela représente une baisse de 65 % par rapport à la moyenne des dix dernières années. Dans la grande majorité des cas, les interventions ont permis de contenir les incendies rapidement : 94 % d’entre eux n’ont pas dépassé cinq hectares. Cette performance est attribuée à une meilleure coordination entre les différents services mobilisés sur le terrain.
Cette lecture globale masque toutefois des disparités territoriales marquées. La région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima concentre à elle seule 40 % des départs de feu et près de 89 % des surfaces ravagées. Deux épisodes majeurs survenus en août dans la province de Chefchaouen ont particulièrement pesé dans ce bilan, avec plus de 1 100 hectares détruits à eux seuls.
Pour 2026, les signaux sont plus contrastés. Les précipitations enregistrées ces derniers mois ont favorisé une forte pousse de végétation, créant une biomasse abondante, donc hautement inflammable. À cela s’ajoutent des facteurs aggravants liés au changement climatique : températures en hausse, humidité en baisse et épisodes de vents chauds de type chergui plus fréquents. Ce cocktail renforce mécaniquement le risque de propagation rapide des incendies.
Face à cette situation, l’ANEF déploie un dispositif renforcé. Les 150 millions de dirhams mobilisés serviront notamment à entretenir les tranchées pare-feu, aménager de nouveaux points d’eau, réhabiliter les pistes forestières et intensifier les opérations de sylviculture préventive. Les moyens humains et logistiques seront également consolidés pour améliorer la réactivité des interventions.
Au-delà des investissements techniques, les autorités rappellent que l’origine des incendies reste majoritairement humaine. Les comportements à risque, souvent liés à des imprudences, continuent d’alimenter les départs de feu. L’ANEF insiste ainsi sur la nécessité d’une vigilance collective, appelant les citoyens à éviter toute utilisation du feu en milieu forestier durant l’été et à signaler sans délai toute situation suspecte.
Les actions de sensibilisation engagées l’an dernier ont déjà permis de toucher près de 35 000 personnes, notamment dans les établissements scolaires et les zones forestières. Une dynamique appelée à se poursuivre, dans un contexte où la prévention demeure la première ligne de défense.
La campagne estivale 2026 s’ouvre donc sur une double réalité : des résultats encourageants qui confirment l’efficacité des dispositifs en place, mais aussi des risques accrus qui imposent d’élever encore le niveau d’anticipation et de mobilisation.

